• Grand Prix des États-Unis 2012

GP des États-Unis : Faits marquants

Laurence Edmondson / Chris Medland / Daniel Bastien
19 novembre 2012

ESPNF1 fait le tour : le bon, le mauvais et le surprenant du week-end du Grand Prix des États-Unis, 19e manche du championnat 2012, couru sur le Circuit des Amériques. Un grand retour réussi.

Le cadeau de Hamilton

Lorsque la McLaren MP4-27 de Lewis Hamilton s'est arrêtée net à Abou Dabi, alors qu'il menait facilement l'épreuve, il y avait presque un sentiment de résignation dans l'air concernant la fiabilité de la monoplace chromée en conditions de course. Donc, lorsque Hamilton est arrivé à Austin en affirmant qu'il voulait se battre directement contre les Red Bull, la plupart des observateurs étaient d'avis que sa meilleure opportunité de signer une dernière victoire au volant d'une McLaren (avant de rejoindre Mercedes l'an prochain) était passée.

Mais sa performance lors des qualifications a été étonnante et son résultat très près de celui de Sebastian Vettel. 2e sur la grille de départ, Hamilton était détendu et avait le comportement d'un pilote n'ayant rien à perdre, prêt à exploiter toute opportunité, et ne souhaitant que profiter du moment présent. Et c'est exactement ce qu'il a fait. Après avoir talonné Vettel sans relâche pendant la majorité de la course, il a sauté sur l'occasion lorsque son adversaire s'est retrouvé derrière des retardataires. C'était fascinant de voir deux des meilleurs pilotes au monde se disputer la plus haute marche du podium. Si cette victoire s'avère la dernière de Hamilton avec l'écurie McLaren, il leur laisse en cadeau une de ses plus belles performances.

Stratégie extrême

Très controversée, la décision de Ferrari de volontairement provoquer une pénalité de cinq places pour Felipe Massa sur la grille de départ était non seulement légale, elle s'est avérée géniale. Il est évident que briser le sceau qu'appose la FIA sur la boîte de vitesses, dans le seul but de modifier la disposition de la grille de départ, est contraire à l'esprit du règlement. Mais comme il a déjà été maintes fois démontré en F1, les équipes opèrent en respectant ce qui est écrit noir sur blanc mais aussi en exploitant tout ce qui tombe dans une zone grise. Et dans ce cas-ci, rien n'avait été prévu pour une telle décision extrême.

Les histoires du week-end

© Sutton Images
  • Choc : La course elle-même - Malgré un tracé prometteur, personne ne s'attendait à autant d'action du début à la fin de l'épreuve. Le GP des USA a été un succès.
  • Choquant : Romain Grosjean - Son tête-à-queue, alors qu'il poursuivait Nico Hülkenberg, ne l'aidera pas à défaire sa réputation de pilote qui agit parfois avec trop d'empressement. Ses performances étaient toutefois compétitives, mais un peu cachées par sa pénalité de recul pour changement de boîte de vitesses.
  • Meilleur dépassement : Kimi Räikkönen - Des dépassements, il y en a eu. Mais la manœuvre réussie de Räikkönen sur Hülkenberg, au virage 3, avait quelque chose de très spécial.
  • Meilleur tour : Lewis Hamilton - Lors du 42e tour, il avait l'opportunité de dépasser Sebastian Vettel et il a tout fait pour le rattraper dans la zone DRS. C'était serré, mais il a réussi. "Lewis m'a battu de façon juste et loyale", a reconnu Vettel.
  • Pire tour : Romain Grosjean - Sa perte de contrôle lors du 7e tour a été suivie par la perte de plusieurs places. Au moment de son arrivée dans les stands, il était 13e.
  • Performance du jour : Lewis Hamilton - Il a démarré du côté sale de la grille, n'a pas commis d'erreurs, a complété deux belles manœuvres sur les pilotes Red Bull et n'a jamais baissé les bras. Après les déceptions de Singapour et d'Abou Dabi, une victoire bien méritée aux États-Unis.

L'objectif de Ferrari était triple. Felipe Massa et Fernando Alonso étaient 6e et 8e sur la grille de départ, du côté très sale de la piste que tous les pilotes craignaient. Suite à la pénalité, Massa reculait à la 11e place, derrière Alonso, qui montait alors à la 7e place. Alonso se rapprochait ainsi un peu plus de l'avant du peloton. Et les deux coéquipiers se retrouvaient du côté impair de la grille, soit du côté propre. Difficile de faire mieux comme plan. À l'arrivée, Alonso était 2e, Massa 4e.

"Si un autre patron vous dit que nous n'avons pas fait le bon choix, c'est qu'il vous ment", a déclaré Stefano Domenicali, le patron de Ferrari, après la course. En fait, ni Christian Horner (Red Bull) ni Martin Whitmarsh (McLaren) ne pouvaient nier la logique derrière cette décision, même si Whitmarsh a affirmé qu'il n'aurait pas agi ainsi. Mais le fait demeure que démarrer du côté propre de la piste a grandement aidé Alonso à réaliser le meilleur résultat possible. Le très loyal Massa est certainement le perdant de cette opération, mais n'est-ce pas à cela que servent les pilotes n°2 ?

Les glissades d'Austin

Il y a toujours des facteurs inconnus lorsqu'un tout nouveau circuit est ajouté au calendrier. Dans le cas du Circuit des Amériques, les équipes s'attendaient à ce que la surface de la piste soit glissante. Toutefois, elles ne s'attendaient pas à ce que la piste soit aussi glissante, ni pour aussi longtemps. Ce manque de grip est d'ailleurs devenu un des points chauds du week-end. Et le fait que Pirelli ait préalablement choisi de jouer la prudence en apportant les deux plus durs types de pneus de sa gamme n'a pas aidé.

Lors des qualifications, chaque pilote devait être très précis car la moindre petit excursion hors de la trajectoire pouvait être très coûteuse en temps. Pendant la course, la combinaison de piste glissante et de pneus durs difficiles à réchauffer a créé des conditions inattendues. Les pilotes avaient des difficultés à contrôler leurs voitures à l'accélération et les corrections de trajectoires étaient fréquentes. Seul Romain Grosjean a échappé sa voiture, mais les petites erreurs étaient nombreuses parmi le plateau et cela ouvrait la porte aux opportunistes cherchant à dépasser. Les pilotes n'ont peut-être pas pu se donner à fond sur le Circuit des Amériques, mais la course n'en a pas été moins excitante.

Trois de suite pour Red Bull

À voir la mine un peu basse de Red Bull, il aurait été facile de croire que l'équipe venait de perdre le championnat des constructeurs et non de le gagner. Mais cette réaction venait de la déception de voir Sebastian Vettel perdre les commandes de la course tard dans l'épreuve, sans oublier la panne d'alternateur de Mark Webber qui ramène de vielles inquiétudes (et qui a permis à Fernando Alonso de gagner une autre place). Si Vettel avait gagné la course et si Webber avait empêché Alonso de grimper sur le podium, il ne manquerait plus que deux points pour que Vettel soit couronné. Il arrivera plutôt au Brésil avec une avance de 13 points au lieu de 23, ce qui demeure néanmoins encourageant, mais on ne sait jamais.

Cependant, cela ne devrait pas éclipser l'accomplissement de Red Bull, championne du monde pour une troisième année consécutive. Seules les écuries Ferrari, McLaren et Williams ont déjà réussi cet exploit. Mais ce qui est encore plus impressionnant, c'est le court laps de temps qui s'est écoulé avant de voir l'équipe triompher autant : rappelons que la modeste écurie Jaguar a été achetée par Red Bull en 2005, il y a huit saisons.

Une grande part du succès de Red Bull vient de l'embauche du directeur technique Adrian Newey, qui admet avoir pris "un risque pour sa carrière" en relevant le défi : "Je rejoignais une équipe dans ses premiers balbutiements dans l'espoir d'un jour remporter des courses. Le fait d'avoir réalisé ce rêve et d'avoir remporté trois titres, c'est incroyable." Le patron Christian Horner a aussi beaucoup de mérite car il a transformé une jeune équipe en force dominante. Il va sans dire que l'objectif pour 2013 sera d'aller chercher un quatrième titre des constructeurs consécutif ; ce serait un grand accomplissement que seules McLaren et Ferrari ont réussi à concrétiser.

Les tribunes étaient pleines pour le retour de la F1 aux USA
© Getty Images
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Le COTA répond aux attentes

La plupart des problèmes pouvant affecter un nouveau grand projet ont été vécus par le Circuit des Amériques (COTA, Circuit of the Americas) au cours des deux dernières années, qu'il s'agisse de délais de construction, de jeux politiques, de soucis de financement ou de clauses dans un contrat. Mais lorsque le moment est venu de faire ses preuves, le tracé d'Austin a livré un excellent spectacle. Non seulement la configuration de la piste est une des meilleures créations de l'architecte Hermann Tilke, mais tout l'environnement du circuit a été conçu en fonction des spectateurs et l'action est piste était au rendez-vous tel que promis.

"Vous ne savez jamais si cela va fonctionner, et peut-être que cela ne fonctionnera pas lors de la prochaine course", a expliqué Tilke auprès d'ESPN. "Certains scénarios fonctionnent, et oui, dans ce cas-ci nous voulions que cela se passe ainsi." La combinaison d'une piste glissante et d'un tracé complexe a grandement contribué au spectacle. Aux commandes de monoplaces difficiles à maîtriser, les pilotes commettaient des erreurs qui créaient des opportunités de dépassement pour leurs adversaires.

Autre facteur très important à souligner, les spectateurs étaient très nombreux à Austin : 65 000 vendredi pour les essais libres, 82 000 samedi pour les qualifications, 117 000 dimanche pour la course. L'ambiance était fantastique et très américaine. Il est clair que la Formule 1 a encore beaucoup de fans aux États-Unis, même après une absence de cinq ans. Si la F1 respecte son public américain, elle devrait enfin avoir un bel avenir aux USA.

Finale au Brésil

Alors que Christian Horner parlait aux médias après la course, Bernie Ecclestone est apparu dans l'aire Red Bull. Il s'est calmement penché vers Horner pour lui dire doucement : "Merci beaucoup. C'était très gentil et bien planifié. Vers la fin je ne pensais pas que tu le ferais, mais tu l'as fait." Et avec un grand sourire espiègle, il a continué sur son chemin, sachant qu'une grande finale attend la F1 au Brésil le week-end prochain.

Sebastian Vettel a 13 points d'avance, mais sur un circuit comme celui d'Interlagos, il suffit de quelques gouttes de pluie pour faire disparaître ou presque cet avantage. Red Bull a encore des soucis de fiabilité, ayant vécu sa troisième défaillance d'alternateur de la saison à Austin. Les deux premières défaillances provenaient de composantes neuves, alors l'équipe est retournée au modèle de l'an dernier. Mais il n'en reste plus, et de toute évidence la version utilisée dimanche n'était pas entièrement sûre. "Cela nous inquiète", a admis Horner. "Malheureusement, c'est notre troisième défaillance et d'autres voitures (propulsées par Renault) ont vécu la même chose. La nouvelle version a déjà roulé sur d'autres moteurs alors j'espère que nous l'aurons au Brésil."

Pendant ce temps, Fernando Alonso a signé son quatrième podium de suite, mais à Austin il était à plus de 30 secondes de la McLaren et de la Red Bull qui le précédaient. En toute logique, jamais Ferrari n'arrivera à combler cet écart de performance d'ici le week-end prochain. Mais qui sait, peut-être qu'une autre 3e place, et les 15 points qui l'accompagnent, suffiront à Alonso au Brésil...

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