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Kubica, un destin a peut-être basculé

ESPNF1 Staff
6 février 2011

L'accident de rallye dont a été victime Robert Kubica, dimanche matin en Italie, suspend pour une durée indéterminée la carrière d'un grand talent et plonge Lotus Renault, l'écurie surprise de 2010, dans la morosité.

Les faits

Il est 8h30 à San Lorenzo di Testico. Une Skoda Fabia frappée du n°4 est en approche de ce hameau, point de passage de la première spéciale du jour dans le Ronde di Andora, un rallye local dont c'est la deuxième édition. Il fait beau sur les hauteurs de la Riviera italienne et la visibilité est parfaite. Pourtant, le châssis S2000 décolle sur une bosse, le pilote perd le contrôle du véhicule à haute vitesse et vient glisser contre le rail de sécurité métallique. Celui-ci s'interrompt et c'est un autre rail qui stoppe net la course du bolide en perdition.

À son bord, le pilote est Robert Kubica, huitième du Championnat du monde de F1 2010 sur Renault, meilleur temps des premiers essais d'intersaison à Valence, le jeudi précédent. Il se tient le côté droit puis perd connaissance. Indemne, son copilote Jakub Gerber avertit les secours. Le pilote est héliporté à l'hôpital Santa Corona, à Pietra Ligure, à 60 km au sud-ouest de Gênes.

Les blessures

Kubica souffre de plusieurs fractures au fémur droit et au bras droit. Mais surtout, sa main est en partie tranchée. Le Pr Igor Rossello, président de la Société italienne de chirurgie manuelle, 53 ans, qui habite Savone toute proche, est appelé en urgence. À 14 heures, le praticien entame une intervention chirurgicale qui va durer sept heures. C'est le temps qu'il faut pour revasculariser le membre lésé et reconnecter nerfs, muscles, tendons.

Tandis que les témoignages de soutien affluent, Kubica, qui avait déjà échappé au drame lors d'une spectaculaire sortie de piste au Grand Prix du Canada en 2007, reste sous une surveillance étroite, les jours et les mois qui viennent diront s'il récupèrera l'usage de sa main. Le Pr Rossello s'est dit modérément satisfait de l'opération. Une durée d'une année est évoquée pour savoir combien le Polonais pourrait récupérer la mobilité de sa main. Il est 21h30 et son destin a peut-être basculé.

Robert Kubica fête sa deuxième place en Australie en 2010
© Sutton Images
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La durée de son absence

L'expérience, notamment celle de Felipe Massa en 2009, montre que la médecine aujourd'hui ne doit pas être sous-estimée, de même que le tempérament d'un pilote comme Kubica. Le Brésilien avait été touché à l'œil en essais du Grand Prix de Hongrie. Lui aussi a été un temps annoncé perdu pour la F1 avant de revenir en 2010.

Il est évidemment prématuré d'annoncer une durée d'indisponibilité précise pour Kubica. Le patron de l'écurie Renault Éric Boullier a déclaré que son pilote avait "peu de chances" d'être sur la grille pour la première course, à Bahreïn, le 13 mars. Il a vraisemblablement été optimiste. Au vu de ses blessures, il vaut probablement mieux tabler sur plusieurs Grands Prix d'absence. Combien ? Aujourd'hui, nul ne peut le dire. Mais dans seulement deux mois, on en aura déjà couru cinq.

"Les lésions nerveuses sont les plus inquiétantes", a déclaré le Pr Rossello, dimanche soir. "La récupération sera relativement longue, probablement un an. Mais on ne sait jamais. Les pilotes sont toujours des patients très spéciaux. J'ai vu pas mal de motard qui récupèrent plus vite que la moyenne."

Le coup dur pour Renault

Si Kubica est blessé dans sa chair, victime d'une passion que son employeur le laissait assouvir, contrairement à ce qui se pratique dans la plupart des écuries, Lotus Renault pourrait aussi avoir du mal à se remettre de cette terrible journée du 6 février 2011. L'année dernière, le pilote de Cracovie a réalisé sa meilleure saison. Il a surclassé son malheureux coéquipier, le rookie Vitaly Petrov. Il s'est offert trois podiums, la première ligne à Monaco et le luxe de devancer Michael Schumacher au Championnat.

Qui pour le remplacer ? La réponse à cette question devrait dépendre la durée pendant laquelle Renault devra se passer de son atout n°1. Si Kubica peut revenir assez tôt, il sera suppléé par l'un des deux pilotes de réserve qui ont été engagés par Renault : Romain Grosjean et Bruno Senna. Le Brésilien, qui a couru la quasi-totalité de la saison dernière chez HRT, semble favori. En tout cas, le neveu d'Ayrton est sûr d'avoir la priorité sur Grosjean.

Si Kubica devait être absent plus longtemps, Renault pourrait faire appel, pour conduire un projet ambitieux, à un pilote plus expérimenté. Nick Heidfeld est actuellement sans volant par exemple.

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