- Interview Paul Hembery
Le futur de Pirelli en F1
Dans la deuxième partie de l'interview exclusive qu'il a livrée à ESPNF1, le patron de Pirelli Motorsport, Paul Hembery évoque les pneus de qualification, l'interdiction des couvertures chauffantes et le futur de la marque italienne en F1.
© Sutton Images
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Ces derniers temps on a parlé de pneus de qualification. Pouvez-vous nous dire où nous en sommes et s'ils seront de retour en 2013 ?
Lorsqu'il s'agit d'aborder la question de faire venir en piste les voitures lors de la troisième partie de la qualification, nous avons une ou deux solutions. Nous pourrions permettre aux équipes de changer leurs pneumatiques utilisés après cette troisième partie de la qualification de manière à ce qu'elles débutent la course, le dimanche, avec un nouveau train de pneumatiques. Il n'y aurait alors pas davantage à ne pas sortir lors de la troisième partie de la qualification et ce serait une décision facile à prendre. Pour le spectacle, et de notre point de vue, cela nous donnerait la possibilité de mettre en avant un produit supplémentaire, un pneumatique de qualification, c'est quelque chose que nous serions heureux de produire. C'est quelque chose que les pilotes avaient par le passé et ils ont toujours apprécié de pouvoir piloter avec le maximum d'adhérence tout en sachant qu'il faut en profiter pour effectuer le tour parfait. Cela pourrait créer un autre style de tension du point de vue du pilote. Nous avons pu entrevoir cela cette année, il y a eu davantage de tours et les voitures sont très proches les unes des autres, la qualification a joué un rôle plus important cette année. En particulier, lors de la deuxième partie de la qualification où il n'est pas rare de voir 15 voitures se tenir dans la même seconde et lorsque vous avez un tel niveau de compétition, la moindre erreur du pilote dans son tour lancé aura des conséquences importantes quant à sa position sur la grille de départ. Ces dernières années, il y avait davantage de marge. J'ai trouvé la deuxième partie de la qualification très enthousiasmante personnellement.
On a parlé également de l'interdiction des couvertures chauffantes. Est-ce possible ?
Pour cela, il faudrait au moins un an et il y a pas mal de gens, dans le paddock, qui n'en veulent pas parce que ça les obligerait à effectuer davantage de tours pour monter les pneumatiques en température, les mettre à la bonne pression et faire en sorte qu'ils soient stables. Le sentiment général est que pour 200 000 € à 250 000 € par an, on a une bonne solution pour des voitures qui sont très particulières. C'est quelque chose qui est faisable mais la plupart des ingénieurs avec lesquels j'ai pu échanger ne sont pas pour parce que cela soulèverait bien des questions.
Quel est l'impression générale, au conseil d'administration de Pirelli, concernant l'implication de Pirelli en F1 au cours des 18 derniers mois et quelle est la tendance concernant une prolongation de contrat au-delà de 2013 ?
Il faudra prendre une décision à partir du mois de juin de l'année prochaine. Mais je pense que nous avons besoin déjà d'une tendance qui devra se dessiner à la fin de cette année. Si la discipline veut encore de nous et si les conditions générales restent compétitives et s'il y a une vision dont nous pensons qu'elle pourra nous faire aller de l'avant alors la Formule 1 restera attractive pour Pirelli. Nous voyons un grand bénéfice à être impliqués dans un sport qui est vraiment planétaire. C'est quelque chose d'unique de ce point de vue et c'est pour nous très attractif parce que nous sommes en pleine croissance sur des territoires comme l'Asie, la Russie où les États-Unis. Il semble qu'il y ait un effort considérable fait par les organisateurs et par les promoteurs pour installer la discipline aux États-Unis. Ce sont des territoires où nous souhaitons être présents économiquement alors cela correspond à nos plans d'affaires. Pour le moment, le conseil d'administration est très content mais, bien sûr, les choses peuvent changer, les règles peuvent changer, les coûts peuvent changer et ce sont des questions qu'il faut toujours avoir à l'esprit. Alors si la discipline veut encore de nous et exprime sa satisfaction devant ce que nous faisons et si tout cela est en accord avec les investissements que nous souhaitons consentir tout le monde sera heureux de continuer.
© Getty Images
On a parlé, ces derniers temps d'avoir à nouveau deux manufacturiers en F1 à partir de 2014. Quel est votre sentiment à ce sujet ?
Si j'enfile ma casquette d'ingénieur, alors je vous dis que c'est quelque chose de très excitant et qui génère pas mal d'intérêt en interne. Mais maintenant si je parle d'un point de vue marketing et commercial, sur la base de ce que nous avons vu, et nous sommes en compétition avec nos concurrents dans de nombreux championnats comme le GT et le rallye, nous avons pu remarquer qu'il est très difficile de valoriser notre expertise en battant un autre manufacturier. Au final, les sports mécaniques, ce sont avant tout les pilotes et les voitures et malheureusement personne ne va jusqu'à attribuer les victoires aux pneumatiques, on s'arrête très souvent au pilote et à la mécanique. Alors même si vous êtes en compétition et que vous gagnez, il est très difficile de faire fructifier ces victoires sur le plan économique. La seule chance de la faire c'est d'avoir deux manufacturiers équipant la même équipe l'un sur une voiture et l'autre sur l'autre. Alors vous pouvez convaincre de votre savoir-faire. Mais je ne pense pas qu'il y ait une appétence de la part du public à voir des équipes se battre pour les pneumatiques.
Les ressources consacrées à nourrir cette guerre des pneumatiques n'en vaudraient peut-être pas la chandelle en terme d'image et surtout de ventes. Alors, sommes-nous pour ou contre ? Il y a différents points de vue au sein de notre société. Un bon exemple est ce qu'il s'est passé en rallye. Lorsque nous étions en concurrence, nous avons gagné quelques titres et nos concurrents aussi. Ensuite, nous avons équipé Sébastien Loeb et il a gagné, nous nous sommes retirés et il a continué de gagner avec une autre marque. On peut voir que ce qui prime, c'est le pilote et la voiture et c'est bien comme ça.

