• Analyse ESPNF1

GP de Londres : de la pure fantaisie

Chris Medland
29 juin 2012

C'est incroyable de constater tout ce que peut accomplir une bonne campagne de relations publiques.

Il y a quelques semaines, la banque Santander a invité les médias à assister "à une expérience très spéciale et unique" qui verrait les deux pilotes titulaires de McLaren présenter le Grand Prix de Londres. Jamais ce projet n'a semblé sérieux. Mais lorsque Bernie Ecclestone a fait quelques commentaires favorables à une course londonienne, le jour même de l'événement, l'intérêt a tout à coup augmenté.

Bernie est un vieux routier lorsqu'il est question de manipuler les médias pour qu'ils parlent des choses dont il a envie. Il avait déjà utilisé l'idée d'un Grand Prix à Londres pour mettre la pression sur le circuit de Silverstone ; les promoteurs du GP de Grande-Bretagne ont amélioré les infrastructures et un nouveau contrat a été signé.

Il est toujours possible qu'Ecclestone tente de créer une autre course potentielle à ajouter sur le calendrier, question de faire monter les enchères pour les autres circuits. Mais n'oublions pas que Bernie aimerait bien voir la presse oublier un autre dossier.

La condamnation de Gerhard Gribkowsky pour plusieurs crimes de nature économique, dont un cas de corruption, est inquiétant pour Ecclestone. Les procureurs l'ont décrit comme un "complice" dans cette affaire, alors il est possible que des accusations soient également portées contre lui. Aucune procédure n'est actuellement en marche, mais il n'est certainement pas intéressé de voir cette histoire faire les manchettes. Voilà une diversion : un Grand Prix de Londres.

Le soutien de Bernie, ainsi que sa volonté de laisser tomber les frais d'inscription de la course au calendrier de la F1 (ce qui provoquerait avec raison l'ire des autres promoteurs), a servi à brouiller l'intention de l'événement organisé par Santander. Les différents organes de presse ont dépêché des équipes pour assister à la conférence ; ils s'attendaient au dévoilement des plans pour une course à Londres. Certains médias ont rapporté que le tracé du futur circuit urbain serait présenté.

Un tracé irréalisable

Mais un survol rapide du circuit virtuel a vite confirmé que cette course n'était que de la pure fantaisie. Le tracé passe par par l'Arche de l'Amirauté. Toute personne familière avec Londres sait que l'arche compte trois voies passant par autant de porches ; ce n'est aucunement propice au passage d'une Formule 1 lancée à haute vitesse, encore moins pour un peloton pendant un Grand Prix.

Oui, la simulation était impressionnante. Oui, la course virtuelle entre Hamilton et Button (assis dans des simulateurs) était réellement spectaculaire car les deux pilotes se sont échangé les commandes du duel à plusieurs reprises. Mais il ne s'agissait que d'un divertissement pour les gens dans l'assistance, ou si l'on regarde la chose d'un autre point de vue, d'une déception pour ceux qui s'attendaient à quelque chose de plus concret.

Ecclestone espérait être présent mais il a eu un empêchement (c'était prévisible). Il a certainement été opportuniste, l'événement étant planifié depuis des mois, mais le timing ne pouvait mieux tomber pour lui. Non seulement s'est-il assuré que peu de gens parleraient de l'affaire Gribkowsky, il a également aidé à augmenter la présence médiatique de Santander - partenaire des écuries McLaren et Ferrari, en plus d'être sponsor de plusieurs courses - alors que les banques espagnoles ont besoin d'histoires à connotation positive.

Ce Grand Prix de Londres n'aura pas lieu, du moins certainement pas sur le tracé virtuel présenté jeudi soir. Mais quel grand événement de relations publiques.

Chris Medland est éditeur-adjoint chez ESPNF1

© ESPN EMEA Ltd.

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