• Grand Prix des États-Unis

Le rêve américain de la F1

Laurence Edmonson
16 novembre 2012
La Formule 1 découvre le Circuit des Amériques, Austin découvre la Formule 1
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Quel accueil réserve Austin à la F1 ? La F1 arrivera-t-elle enfin à percer aux États-Unis ? ESPNF1 fait part de ses observations.

À une trentaine de kilomètres du Circuit des Amériques, on trouve le Buda Grocery and Grill, un petit marché et restaurant sans prétention. Après avoir franchi les portes battantes et passé la fontaine de boissons gazeuses, on découvre un menu simple proposant des hamburgers, des ailes de poulet, des nachos et un petit choix de salades. Sur le mur, on peut lire l'inscription suivante, peinte en grandes lettres : 'Buda Grocery and Grill - Nous résistons tranquillement au changement depuis 1913.'

Buda, une petite ville située sur l'autoroute 35, n'est pas exactement le genre d'endroit où l'on pense voir la population locale accueillir chaleureusement la Formule 1 et son rythme effréné. Mais jeudi soir, la conversation a néanmoins abordé le Grand Prix et le Grand Cirque de la F1, bien que brièvement.

"Vous vous attendez à accueillir une grosse foule dans le Grill ce week-end, avec la Formule 1 et tout ça ?", a demandé un client.

"Je n'en ai pas la moindre idée", a répondu le propriétaire. "C'est la première année... mais tout le monde a des attentes."

"Tu l'as dit", a commenté le client au comptoir. "Tout le monde a des attentes."

Cet échange de dix secondes résume très bien les cinq heures de conférences de presse vécues dans le paddock plus tôt en journée. La vérité, c'est que personne ne sait comment le week-end va se dérouler. Les foules vont-elles vraiment envahir le circuit ? Est-ce qu'un carambolage aura lieu dans le virage 1, pris en aveugle ? Est-ce que Sebastian Vettel va s'emparer d'un troisième titre mondial ? Personne ne le sait, mais tout le monde a des attentes.

Toutefois, les premiers signes sont bons. Le Circuit des Amériques a été construit selon des normes très élevées. On prédit une course à guichets fermés dimanche, avec 120 000 personnes dans les gradins. L'ascension vers le virage 1 est tout aussi impressionnant que laissent croire les photos.

La F1 n'a pas roulé sur un circuit digne de la catégorie reine depuis celui de Watkins Glen, en 1980, mais Austin pourrait bien devenir la véritable demeure de la F1 aux États-Unis. Les tracés de Long Beach, Détroit et Dallas ont fait bonne figure jadis, mais les circuits construits spécifiquement pour la F1 lui conviendront toujours mieux que les circuits urbains. Et dans le cas d'Austin, le circuit a réellement été construit très spécifiquement pour la F1.

Les derniers ajustements ont été faits dans les tribunes
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Indianapolis a accueilli de grandes foules pendant les premières années, mais il s'agissait d'un mariage de raison avec un circuit existant. Le tracé étroit et sinueux construit à l'intérieur du terrain (et relié à une moitié de l'ovale) n'était pas propice à de bonnes courses, sans oublier que la compétition à six voitures de 2005 n'a rien fait pour consolider une relation déjà fragile.

Le Circuit des Amériques, cependant, compte des virages conçus en fonction de la F1 ; le tracé devrait fournir le facteur 'wow' absolument indispensable pour attirer le public américain.

"Le circuit d'Indy était intéressant, mais il n'a pas été construit pour nous, il a été construit en fonction de l'IndyCar et du NASCAR", explique Jenson Button. "Pour nous, il faut des virages à haute vitesse pour montrer de quoi une F1 est capable. Alors naviguer les virages 2 à 8 (du Circuit des Amériques) devrait être spectaculaire vu les changements de direction. Les spectateurs vont voir des voitures à la limite, c'est très spécial car on ne voit pas cela souvent ailleurs."

"Ensuite, on descend vers une épingle et une ligne droite qui passe par-dessus une colline, ce qui est toujours agréable. Pour une raison que j'ignore, les collines aident beaucoup lors des dépassements en F1. Le virage suivant devrait donner de bonnes opportunités de dépassement grâce au DRS. Nous attaquons ensuite une série de virages lents où il sera difficile de doubler, mais je pense que certains vont néanmoins tenter quelque chose à cet endroit."

Button n'est pas le seul a apprécier le Circuit des Amériques. Le tracé de 5,5 kilomètres a été louangé par la majorité des pilotes suite à leur traditionnelle inspection à pied du jeudi matin. Il aurait le potentiel d'être aussi bon que le circuit d'Istanbul Park, la meilleure des autres créations de Hermann Tilke. Toutefois, même si vous construisez un circuit fantastique, cela ne garantit pas que les fans seront au rendez-vous... Surtout que le Grand Prix de ce week-end coïncide avec la finale de la NASCAR Sprint Cup à Mami.

"Je pense qu'il faudra prendre cela en considération à l'avenir", admet Ross Brawn, le patron de l'écurie Mercedes. "Lorsque nous préparons le calendrier de la Formule 1, nous consultons les calendriers moto et ceux des autres formules, et tout le monde tente de choisir des dates en fonction des autres. À mesure que nous nous établirons aux États-Unis, les calendriers nord-américains seront également considérés, c'est sûr."

Malgré cette gaffe concernant la finale de la NASCAR, la F1 ne sous-estime pas le défi que représente sa tentative d'implantation aux États-Unis. Des entreprises comme Mercedes souhaitent désespérément que leur marque profite d'une plus grande exposition dans le marché américain et elles savent qu'un Grand Prix leur offre beaucoup de potentiel à cet égard.

Le potentiel du Circuit des Amériques est grand, il pourrait devenir l'un des meilleurs rendez-vous du calendrier
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"Le soutien est fantastique lors de la première année d'une course, mais notre succès en Amérique sera mesuré par le maintien de ce soutien", souligne Brawn. "Pendant la saison, nous mesurons notre indice d'exposition ainsi que la réaction du public, et pour nous en tant qu'entreprise, l'Amérique est notre plus grand marché. Mercedes va probablement vendre 300 000 voitures ici cette année."

"Mais je pense que cela prendra du temps. On ne peut pas simplement arriver et s'attendre à ce que notre public américain soit immédiatement branché et comprenne tout. Nous voulons prendre le temps de développer l'intérêt du public, mais le fait que la première course sera à guichets fermés démontre qu'il y a un enthousiasme en Amérique pour la Formule 1. Nous devons développer cet enthousiasme davantage."

Les fondations sont en place pour que la Formule 1 réalise son rêve américain. Et avec des budgets de plus en plus serrés d'un bout à l'autre de la grille, la F1 a plus besoin du marché américain que les USA ont besoin de la F1. C'est à la Formule 1 de faire le maximum en piste, là où elle peut vraiment faire la différence. Surtout que tout le monde a des attentes...

Laurence Edmondson est éditeur-adjoint chez ESPNF1

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