- Interview ESPNF1 : Monisha Kaltenborn
Sauber, l'efficacité suisse
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ESPNF1 a rencontré la directrice générale de l'écurie Sauber, Monisha Kaltenborn, pour parler succès en piste, défis économiques et horizon 2014.
Les excellents résultats de l'écurie Sauber font partie des belles histoires de ce championnat 2012. Ils ont été rendus possibles grâce au dévouement et aux efforts du personnel, qui a fait plus avec moins.
À ce moment-ci de la saison l'an dernier, l'équipe n'avait que 35 points et n'était pas montée sur le podium depuis la saison 2003 (si on ne compte pas la période pendant laquelle l'écurie appartenait à BMW). Cette année, après 13 courses, Sauber compte 100 points et trois podiums ; elle pourrait même se permettre de viser la victoire si les conditions sont bonnes. Mais avec un budget limité et la possibilité d'une hausse des coûts au cours des deux prochaines années, l'équipe suisse a-t-elle atteint son apogée ?
De tels accomplissements sont un cas exemplaire d'une écurie capable de surpasser les attentes, nonobstant sa capacité financière dans le contexte unique de la Formule 1. De telles réussites inspirantes sont bonnes pour la discipline, que les origines de ces réussites soient derrière le volant (avec les pilotes Sergio Pérez et Kamui Kobayashi) ou dans les bureaux de design de l'usine de Hinwil. Plusieurs pilotes et ingénieurs du paddock ont d'ailleurs commenté sur la 'propreté' de la Sauber C31 ; ses bonnes performances sont évidentes depuis le début de la saison.
"Nous savions que la base de la monoplace 2011 n'était pas mauvaise et nous connaissions ses faiblesses", a expliqué la directrice générale Monisha Kaltenborn à ESPNF1. "Nous nous sommes concentrés sur ses faiblesses et je pense que les ingénieurs ont fait un excellent boulot pour réellement les surmonter. Nous allons faire quelque chose de similaire avec la voiture actuelle en prévision de 2013. Cette base est meilleure et nous allons continuer à la développer, alors la prochaine voiture ne sera pas une révolution mais bien une évolution de la voiture de cette année."
L'approche Sauber
Cependant, la voiture actuelle a été développée par l'ex-directeur technique James Key, qui a quitté l'équipe avant le début de la saison (il a récemment rejoint Toro Rosso). Sauber a décidé de ne pas le remplacer. Un trio d'ingénieurs seniors décide de la direction à prendre en termes de développement : Matt Morris (conception), Willem Toet (aérodynamique) et Pierre Wache (performance du véhicule).
"Sauber a une longue histoire de chefs de département solides qui forment le pilier de l'équipe", a dit Kaltenborn. "Ce n'est pas très différent de ce qu'on voit dans d'autres écuries car la Formule 1 est devenue si complexe qu'il faut regarder les secteurs clés - aérodynamique, conception, performance - et nommer des spécialistes pour diriger ces départements."
"Toute personne qui serait leur supérieur devrait dépendre de leur recommandations de toute façon, et ces gens sont solides et ils ont du personnel solide sous leurs ordres. Alors ce n'est pas qu'une question d'individus, c'est tout l'ensemble de l'équipe et chaque département est très bien organisé. Je pense que cette structure fonctionne bien, ce sont des gens raisonnables, et nous discutons toujours ensemble si quelqu'un n'est pas d'accord sur un sujet particulier."
Et si désaccord il y a, Kaltenborn, une ancienne avocate devenue une des femmes les plus puissantes de la F1, doit négocier et ultimement décider. "Éventuellement cela me revient car je suis la supérieure de ces trois personnes. Mais comme je l'ai mentionné, puisque nous discutons ensemble sur un grand nombre de sujets, nous sommes tous plutôt en harmonie. Nous voyons quelle direction prennent les choses, nous comprenons pourquoi elles prennent cette direction, et nous avons tous suffisamment d'expérience pour savoir quoi faire."
© Sutton Images
Ce n'est peut-être pas un organigramme conventionnel pour la F1, mais de toute évidence cette approche fonctionne très bien. Même après le départ de Key, Sauber a identifié les faiblesses de sa voiture actuelle et a développé ses forces, et c'est ce qui lui permet de se battre contre des équipes dont les ressources sont nettement supérieures. Kaltenborn espère que les réussites de l'écurie ne se compteront pas seulement en termes de points, mais aussi en termes de nouveaux sponsors que l'équipe pourrait intéresser.
"Ultimement, c'est toujours une question de performances et c'est ce qui attire tout partenaire. Si nous avons du succès, nous savons que nous devenons plus attrayants. Malheureusement, ce n'est pas parce que vous grimpez sur le podium que le lendemain vous avez dix personnes frappant à votre porte en vous demandant où ils peuvent signer un contrat. Mais de tels résultats aident et c'est la meilleure façon de convaincre."
"Si nous surpassons nos moyens - et je ne sais pas quels sont nos moyens par rapport aux autres - alors nous démontrons que nous sommes très efficaces. Tout le monde le sait, nous sommes très transparents en ce qui concerne nos ressources financières limitées et nos limites en termes de personnel, mais je pense néanmoins que l'équipe accomplit un boulot fantastique."
Les défis à venir
Tout porte à croire que Sauber va continuer sur sa lancée en 2013, avec la C31 qui mènera à la future C32. Mais qu'en sera-t-il en 2014, lorsque les règlements techniques seront modifiés de manière importante ? La mise à la retraite du V8 actuel et la mise en service du V6 turbo force les équipes à concevoir des châssis complètement différents, et ce deux ans à l'avance. Le problème pour les écuries ayant moins de ressources, comme Sauber, c'est qu'elles ne peuvent explorer autant de voies de développement que d'autres. Et une difficulté supplémentaire pour les équipes qui achètent leurs moteurs, comme Sauber, c'est qu'elles doivent concevoir leur future monoplace 2014 sans connaître tous les détails du moteur autour duquel la voiture sera construite, contrairement aux écuries appartenant à des constructeurs automobiles.
"C'est quelque chose que toute écurie-cliente doit vivre avec", a commenté Kaltenborn. "Il y a toujours un désavantage au niveau du calendrier de développement. Nous l'avons très bien vu lorsque nous étions une écurie de constructeur (avec BMW), vous avez tout simplement un accès plus rapide aux informations. Mais lorsque vous n'y avez pas accès, il y a des délais et vous devez les considérer lorsque vous élaborez votre planification. Il y a toujours un petit délai."
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Et pour ajouter à ces incertitudes, Sauber n'a toujours pas confirmé l'identité de son motoriste pour 2014. Kaltenborn a toutefois indiqué que les négociations ont débuté avec Ferrari : "Vu notre relation historique avec Ferrari, en plus du fait qu'ils sont notre fournisseur actuel, c'est naturel de leur parler en premier et c'est ce que nous avons fait. Pour le moment c'est difficile car il y a énormément d'incertitude sur certains détails techniques concernant le (prochain) moteur. Nous ne pouvons qu'espérer que tout cela sera clarifié au cours des prochains mois."
Donc, le changement de réglementation est un défi pour des écuries comme Sauber, mais l'équipe suisse est en F1 depuis 1993 et a été motorisée par Mercedes, Ford, Ferrari et BMW au cours des années, alors ce n'est rien d'inhabituel. Ce qui est probablement plus inquiétant, c'est le coût du prochain moteur. Et même si Sauber sait très bien se débrouiller sur un budget modeste, Kaltenborn attend toujours de connaître le véritable prix du V6 turbo et ce que cette somme pourrait signifier pour son équipe.
"Il n'y a pas de clarté sur ce point", a-t-elle dit. "Comme écurie-cliente, il est important d'affirmer que nous ne voulons pas retourner à cette époque, il y a sept ou huit ans, pendant laquelle les coûts étaient énormément dispendieux. Au cours des dernières années, la F1 a emprunté la bonne voie avec la RRA (l'entente sur la restriction des ressources), même si la RRA porte surtout sur le châssis, et avec le gel sur les moteurs. Nous ne voulons pas faire trois pas en arrière. C'est une inquiétude claire pour nous."
Réduire les coûts, une nécessité
La restriction des ressources a été un facteur clé dans les récents succès de Sauber, alors on peut comprendre que Kaltenborn tient beaucoup à ce que la F1 continue sur la route de la réduction des coûts, que ce soit grâce à une RRA évolutive soumise à la juridiction de la FIA ou à l'imposition d'un plafond budgétaire.
"Toutes les équipes se sont engagées à réduire les coûts, alors c'est qu'elles doivent comprendre les conséquences (d'un statu quo) sur leurs propres équipes. Je pense que la voie à suivre est claire et dix d'entre nous (les équipes du plateau) ont demandé à la FIA de nous aider à appliquer la RRA, ce qu'elle a accepté de faire. Alors nous croyons que la FIA va agir et nous espérons que les équipes vont respecter ce qu'elles ont dit. Si ce n'est pas le cas, nous devrons gérer la situation, mais les fans ne comprendront pas pourquoi car déjà on nous demande souvent pourquoi les coûts si sont élevés."
Monisha Kaltenborn
"L'autre aspect, si on regarde le développement économique dans son ensemble, c'est qu'il devient de plus en plus difficile pour les équipes d'attirer des sponsors en Formule 1. Alors il est essentiel que la Formule 1 démontre qu'elle diminue ses coûts dans le contexte que nous connaissons dans le monde aujourd'hui. Je pense que tout cela a de bien plus grandes conséquences que simplement regarder sa propre équipe, il faut regarder l'ensemble de la Formule 1. Si elle n'est plus attrayante (pour les sponsors), nous en souffrirons tous."
L'étude de cas de Sauber n'est pas seulement l'exemple d'une équipe capable de combler l'écart entre le milieu du plateau et le podium, elle permet aussi de comprendre les défis qui attendent la Formule 1. Vu la nature hiérarchique du paddock, il arrive fréquemment que les voix provenant d'équipes comme Sauber soient perdues dans la cacophonie des écuries de pointe se battant pour le championnat. Pourtant, plus souvent qu'autrement, ces écuries plus modestes comprennent mieux la réalité des défis que la F1 doit surmonter.
Le message de Kaltenborn est clair : "Chaque partie prenante de la Formule 1 doit savoir que plusieurs équipes de la grille sont dans une situation financière difficile. Et si vous ajoutez d'autres défis par-dessus cela, vous rendez la situation encore plus difficile pour plusieurs écuries. La Formule 1 doit avoir plus que seulement trois ou quatre équipes."
Laurence Edmondson est éditeur-adjoint d'ESPNF1

