• Sebastian Vettel

Le cheminement du champion 2012

Laurence Edmonson / D.B.
26 novembre 2012

Sebastian Vettel a travaillé très fort pour remporter le titre 2012. ESPN retrace le parcours du nouveau triple champion au cours de la saison.

Il y a eu des larmes, des excès de colère et des épreuves à surmonter en cours de route, mais à la conclusion du Grand Prix du Brésil, dernière manche du championnat 2012, Sebastian Vettel a réussi à remporter son troisième titre consécutif. Dans 20 ans d'aujourd'hui, les jeunes fans de Formule 1 croiront peut-être que Vettel a tout raflé sur son chemin au début de la décennie 2010. Bien que ce fut le cas en 2011, rien ne pourrait être plus loin de la vérité en 2012.

Pour la première fois depuis 2009, Vettel n'a pas démarré une nouvelle saison de F1 aux commandes de la meilleure voiture du plateau. L'écurie Red Bull a complété 14 courses avant de réellement débloquer tout le potentiel de sa RB8 à Singapour. Une fois la formule magique trouvée, le pilote allemand a réussi à remporter quatre Grands Prix de suite, un accomplissement qui semblait inimaginable plus tôt en saison. Cette séquence victorieuse a ultimement été la clé de son succès cette année. Mais la véritable histoire se trouve dans la période précédente, soit la première moitié de la saison.

Mauvais débuts

Tout a débuté avant la pré-saison, lorsque la FIA a apporté des ajustements aux règlements techniques pour limiter davantage l'utilisation des gaz d'échappement à des fins aérodynamiques, en plus d'imposer des tests plus sévères pour vérifier la flexibilité de l'aileron avant. Ces directives ont été adoptées plutôt tardivement et cela a eu un effet important sur le développement de la future RB8.

La monoplace Red Bull ayant participé aux premiers essais hivernaux n'était donc pas tout à fait celle qu'avait imaginé le directeur technique Adrian Newey plusieurs mois auparavant. En fait, cette voiture était un compromis. De plus, la nouvelle monoplace était très différente de sa prédécesseure, la RB7, qui avait été conçue pour profiter au maximum de l'expertise de l'équipe en matière de diffuseurs soufflés. Les caractéristiques de pilotage de la RB8 étaient donc très différentes.

Vettel a su s'adapter à cette situation et terminer à la 2e place lors de la première manche de la saison en Australie. Cependant, sa voiture avait réellement besoin d'être développée au cours de l'année, plus que toutes ses voitures précédentes. Chaque évolution n'apportait pas nécessairement la progression souhaitée au niveau des performances, comme c'était le cas lors des années antérieures. En Chine, Vettel a préféré mettre de côté le plus récent développement du système d'échappement préparé par l'équipe, pour revenir au système qui était en place lors des essais de pré-saison ; ce fut une décision inhabituelle, conservatrice et contraire à ses habitudes. Ce fut également une erreur car son coéquipier Mark Webber l'a carrément battu. Pour la première fois en trois ans, Vettel semblait un peu perdu.

Mais, comme nous l'avons souvent vu au cours de sa jeune carrière en F1, il a appris la leçon et redoublé les efforts. Il remportait la course suivante à Bahreïn après avoir réussi à retenir la menace que représentait la Lotus de Kimi Räikkönen. Les inquiétudes semblaient enfin se dissiper... mais ce n'était pas tout à fait le cas.

Singapour, début d'une séquence gagnante
© Sutton Images
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La Red Bull n'était toujours pas la plus rapide des voitures, et plus inquiétant pour Vettel lui-même, il n'était pas toujours le plus rapide de l'équipe. Webber a signé d'excellents résultats à Monaco et à Silverstone, tandis qu'une victoire certaine pour Vettel à Valence a été sabotée par la défaillance de son alternateur. Au moment d'entamer la pause estivale, il figurait à la 3e place du classement des pilotes et comptait un déficit de 42 points sur le leader Fernando Alonso.

La relance

Au retour des vacances, en Belgique, la RB8 n'était toujours pas la meilleure voiture. D'autres inquiétudes sont apparues pour Vettel en Italie lorsqu'une seconde panne d'alternateur est survenue sur sa monoplace. Mais Red Bull a ensuite connu un regain et lorsque la F1 a quitté l'Europe pour se diriger vers l'Asie, le vent semblait souffler dans la bonne direction. L'équipe a réussi à maîtriser son système d'échappement à effet Coanda, en plus d'installer un nouveau concept de double DRS sur l'aileron arrière. À partir de ce moment, la voiture s'améliorait avec chaque nouvelle évolution, et elles étaient multiples. Maintenant qu'il avait la voiture tant souhaitée à sa disposition, Vettel s'est imposé à Singapour (suite à l'abandon de Lewis Hamilton) et lors des trois courses suivantes, se hissant ainsi au sommet du classement. C'était le retour du Vettel que nous connaissons bien.

Au sujet de la monoplace Red Bull, dans sa version 'pré-Singapour' alors qu'elle n'atteignait toujours pas son potentiel, le pilote allemand avait dit : "Je n'arrivais pas à utiliser mes trucs ni mon style de pilotage pour manipuler et faire travailler la voiture comme je voulais. Je n'avais pas assez de stabilité à l'arrière pour jouer avec les freins ni pour plonger dans les virages de la façon que j'aime."

"Nous avons tout essayé et à un certain moment, nous avons tout simplement fait un bon pas dans la bonne direction et cela m'a permis d'être plus à l'aise, alors la suite du développement est venue à nous naturellement. Nous avons gagné de la vitesse, nous étions plus compétitifs, nous étions en meilleure posture. Mais c'était encore très difficile lors de certaines courses."

Revenir de loin, deux fois plutôt qu'une

Alors que le titre lui semblait pratiquement acquis, un dur coup à frappé Vettel. Le réservoir de sa voiture ne contenait pas suffisamment de carburant à la conclusion des qualifications pour le Grand Prix d'Abou Dabi ; la FIA n'a pu retirer l'échantillon d'un litre exigé par le règlement. Exclu de la séance qualificative, il se voyait relégué complètement à l'arrière de la grille de départ. Mais Red Bull a choisi de le faire démarrer de la voie des stands, préférant retirer sa voiture du Parc fermé pour travailler sur les réglages. C'était exactement la chose à faire. Si certains observateurs doutaient encore des habiletés de Vettel en termes de dépassement, il a fait ses preuves en se frayant un chemin à travers le peloton (deux déploiements de la Voiture de Sécurité aidant) pour remonter jusqu'à la 3e place et sur le podium. Une performance épatante.

Le Grand Prix d'Abou Dabi aurait pu être un désastre, ce fut une réussite
© Getty Images
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Alonso, en terminant l'épreuve juste devant son rival à Abou Dabi, a réussi à réduire l'écart de quelques points. Malheureusement pour lui, les positions d'arrivée étaient inversées aux États-Unis, l'avant-dernière manche de la saison. Par la même occasion, Vettel décrochait un troisième titre des constructeurs consécutif pour Red Bull. Mais l'équipe demeurait nerveuse car elle savait très bien que le championnat des pilotes était encore loin d'être réglé, même si Vettel comptait 13 points d'avance sur Alonso alors que le grand cirque de la F1 atterrissait au Brésil pour la finale.

Dans des conditions pluvieuses et continuellement changeantes, Alonso s'est rapidement emparé de la troisième place dans les premières secondes de la course, alors que Vettel se faisait harponner par la Williams de Bruno Senna et se retrouvait en tête-à-queue. Au volant d'une voiture endommagée, bon dernier derrière le peloton, Vettel à gardé son calme et s'est immédiatement donné comme mission de regagner tout le terrain perdu. Le ponton gauche troué, le plancher endommagé, un tuyau d'échappement plié, la Red Bull a tenu le coup. Ses quatre pneus et ses deux ailerons intacts, la voiture toujours en état de marche, Vettel a persévéré. Et comme il l'avait fait à Abou Dabi, il s'est frayé un chemin à travers le peloton.

Le dernier tour de la saison a été complété derrière la Voiture de Sécurité, et alors que Vettel franchissait la ligne d'arrivée à vitesse réduite, il remportait le championnat 2012 avec mérite. Oui, sa voiture comptait parmi les meilleures du plateau pendant la seconde moitié de la saison, mais il a su en tirer le maximum - en surmontant une défaillance à Valence, une pénalité sévère à Abou Dabi et une collision lors de la finale au Brésil - pour ultimement remporter le championnat 2012 avec une avance de trois points.

Vettel est maintenant un triple champion du monde. Dans l'Histoire de la F1, seuls trois pilotes ont réussi à remporter trois titres de manière consécutive : Juan Manuel Fangio (1954 à 1957), Michael Schumacher (2000 à 2004), et maintenant Sebastian Vettel (2010 à 2012). Il est aussi devenu le premier pilote à gagner ses trois premiers titres en série. Son talent est évident, sa couronne 2012 méritée. Et il devra défendre son titre à nouveau l'année prochaine.

Laurence Edmondson est éditeur-adjoint chez ESPNF1

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