• GP du Japon 2012

GP du Japon : Faits marquants

Laurence Edmondson / Chris Medland / Daniel Bastien
7 octobre 2012

ESPNF1 fait le tour : le bon, le mauvais et le surprenant du week-end du Grand Prix du Japon, 14e des 20 manches du championnat 2012, couru sur le circuit de Suzuka.

Le premier vainqueur consécutif
Doublement chanceux et doublement vainqueur, c'est ce que l'on pourrait dire au sujet de Sebastian Vettel. Lewis Hamilton a abandonné il y a deux semaines à Singapour, le pilote Red Bull en a profité pour s'imposer. Dimanche à Suzuka, le leader du championnat Fernando Alonso a été sorti de la course, rendant la victoire de Vettel d'autant plus savoureuse. Et de plus, le double champion en titre est devenu le premier pilote de la saison 2012 à remporter deux Grands Prix consécutifs. Il doit trouver cela pas mal du tout.

En fait, son week-end japonais a été parfait : pole position, meilleur tour de la course et victoire. Le pilote allemand a réduit l'écart qui le sépare d'Alonso à quatre points. Nous pourrions dire que sa performance a été du pur Vettel, surtout qu'il a ignoré son équipe qui l'informait de son avance considérable et lui recommandait de lever le pied en fin de parcours. Mais il n'était pas seulement question de Vettel. Le cerveau du directeur technique Adrian Newey a aussi joué sa part (comme d'habitude).

La Red Bull RB8 était équipée d'un système qui s'apparente à un double DRS (Système de réduction de la traînée). Grâce à des ouvertures, cet appareil réduit davantage la traînée de l'aileron arrière (lorsque le DRS régulier est activé) en canalisant l'air du sommet de l'aileron vers le bas. Ce système était en place à Singapour semble-t-il, mais c'est sur le tracé à haute vitesse de Suzuka que son effet a été plus ressenti. Rapide lors des qualifications, rapide pendant la course, la monoplace du taureau rouge était intouchable.

Alonso, quant à lui, continue de se montrer brave et confiant même si les Red Bull et les McLaren sont plus rapides que sa Ferrari. Du moins, cette affirmation tenait lors des dernières courses : la 2e place de Felipe Massa est peut-être de bon augure pour la Scuderia. Si ce n'est pas le cas, ce ne sera qu'une question de temps avant qu'Alonso cède le titre de leader du championnat. Et l'Espagnol est déjà clairement en mode survie : "L'objectif sera de toujours marquer au moins un point de plus que tous les autres."

Les histoires du week-end

© Sutton Images
  • Choc : Kamui Kobayashi - Cela faisait longtemps qu'on s'y attendait, et maintenant le talentueux Kamui Kobayashi a enfin grimpé sur le podium... et cela s'est fait chez lui, devant son public. Superbe lors des qualifications, impressionnant et calme pendant la course, il a résisté à la pression de Button et a bien mérité cette 3e place.
  • Choquant : Fernando Alonso - Cela ne pouvait être pire pour l'Espagnol. Il a mal jugé l'écart entre lui et Räikkönen au départ, s'est retrouvé avec une crevaison et a abandonné dans le premier virage. Le leader du championnat a ensuite vu son principal rival en profiter au maximum.
  • Meilleur dépassement : Sergio Pérez - Confiant, Pérez est rapidement arrivé de loin pour soudainement attaquer Hamilton dans la chicane et réussir un dépassement surprise. Plus tard, déstabilisé, il a raté sa manœuvre contre le même pilote et a dû abandonner. N'empêche que le premier dépassement a été très bien accompli.
  • Meilleur tour : Sebastian Vettel - Sur le 52e des 53 tours de l'épreuve, il a voulu s'assurer d'avoir le meilleur tour de la course (en plus de la pole position et la victoire). Malgré ses pneus usés, il a gagné sept dixièmes sur son meilleur tour précédent... qui était déjà le meilleur tour de la course.
  • Pire tour : Romain Grosjean - Encore une fois, le premier tour qui gâche tout. Un autre accident, une autre pénalité. Après la course, son regard affichait clairement le poids des critiques à son égard. Espérons qu'il surmonte l'épreuve rapidement.
  • Performance du jour : Felipe Massa - Jour de rédemption pour Massa, qui a signé une performance sans faute pour passer de la 10e à la 2e place, et a ainsi grimpé sur le podium pour la première fois depuis le GP de Corée 2010. Il devait espérer que l'alternateur de Vettel fonde à nouveau...

Pérez contre Hamilton, 1er round
Les petites piques ont débuté jeudi, lorsque la FIA a eu la bonne idée d'asseoir Sergio Pérez près de Lewis Hamilton (celui qu'il remplacera chez McLaren l'an prochain) pendant la conférence de presse des pilotes. Interrogé sur son départ vers Mercedes, Hamilton a répondu avec un sourire légèrement forcé : "Je sais que je vais laisser une très, très bonne voiture entre les mains de ce gars." Sur un ton quelque peu monotone, Pérez a dit "Merci", tout simplement. Pour continuer ce petit échange passif-agressif, Hamilton a répondu, avec un sourire mais aussi une voix tendue : "Ouais, fais-moi confiance, ce sera une bonne voiture l'an prochain aussi. Je le sais. Je sais exactement ce qu'il se passe avec ta voiture de l'an prochain."

La prochaine rencontre publique entre l'Anglais et le Mexicain a eu lieu sur la piste lorsque Pérez a tenté un dépassement audacieux sur Hamilton au 6e tour de la course. La manœuvre a réussi et Hamilton, probablement surpris, n'a pas dû aimer. Pendant ce temps, le muret des stands de McLaren devait ressentir des émotions mixtes... Hamilton a repris sa position plus tard, pendant la ronde des arrêts, mais en peu de temps le pilote Sauber revenait sur lui pour une deuxième tentative.

Peut-être un peu blessé dans son amour-propre, Hamilton a bien surveillé ses rétroviseurs et cette fois il était prêt pour toute manœuvre banzai. Fort de ses quatre années d'expérience supplémentaires en F1, il a placé sa voiture un peu plus sur l'extérieur à l'entrée du virage, et un peu plus tardivement. C'était peu, mais assez pour semer le doute chez Pérez qui, après avoir hésité une fraction de seconde, voyait l'arrière de sa monoplace décrocher. Parti en glissade dans le gravier, c'était l'abandon. Hamilton a remporté cette bataille, mais il s'agit peut-être de la première salve d'une guerre intéressante entre ces deux-là.

Les critiques fusent sur Grosjean
Encore une fois, Romain Grosjean a été impliqué dans un incident lors du premier tour d'une course, cette fois avec Mark Webber. À Singapour il y a deux semaines, alors que Grosjean revenait après sa suspension d'une course suite au carambolage en Belgique, Webber s'est retrouvé aux côtés du Français sur la grille. L'Australien a blagué que Grosjean aurait besoin d'une bonne paire de souliers de course si jamais ils se touchaient au départ. Cela s'est bien passé à Singapour, mais pas à Suzuka, où le pilote Lotus a frappé le pilote Red Bull et ainsi ruiné sa course.

Webber n'a pas hésité à traiter Grosjean de "cinglé du premier tour" pour ensuite laisser entendre qu'une autre suspension serait nécessaire. Interrogés par les journalistes, un courant est apparu parmi les autres pilotes : ce n'est pas qu'il y a eu un accident mais plutôt qu'il y a encore eu un accident.

Dans les premières secondes de la course, Grosjean se défendait contre Pérez. Il n'a pas freiné trop tardivement et il n'a pas effectué une manœuvre soudaine au moment de son contact contre Webber ; il semble avoir simplement mal jugé sa vitesse et la distance de freinage. De plus, il n'avait nulle part où aller. Pensons à d'autre cas : dimanche, Alonso a mal jugé la position de Räikkönen au départ (un peu comme Grosjean sur Hamilton à Spa) ; à Singapour, Button et Schumacher ont aussi commis cette même erreur. Pourtant, personne n'a déposé une demande de suspension contre eux.

La différence, c'est que Grosjean est un récidiviste. C'est pourquoi il a écopé d'une pénalité arrêt/départ de 10 secondes au Japon (la plus sévère pénalité que peuvent émettre les commissaires avant de disqualifier un pilote), et c'est pourquoi c'était justifié. Grosjean a donc une autre leçon à apprendre. Être trop agressif ou trop prudent pendant le premier tour peut avoir le même résultat. C'est à lui de trouver le juste équilibre, mais la situation est difficile pour Grosjean car la marge de tolérance est maintenant très mince. Et il est surveillé de près, non seulement pas les commissaires mais aussi par ses collègues sur la piste. Tout cela devrait s'améliorer à mesure qu'il gagne en expérience.

Jour de grande fierté pour Kobayashi
© Press Association
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Kobayashi, roi pour un jour
Rarement a-t-on vu une foule japonaise aussi bruyante : l'arrivée de Kamui Kobayashi sur le podium de Suzuka a soulevé les passions, enthousiasmé le public et excité la fierté nationale. Ce fut une expérience différente des applaudissements heureux mais polis habituellement offerts aux trois pilotes sur le podium de Suzuka. Pour Kobayashi, signer son premier podium en F1 lors de sa course à domicile, c'était sa "destinée." Peut-être, mais son résultat était entièrement mérité, surtout après avoir retenu la McLaren de Jenson Button pendant les derniers tours, et ce malgré un train de pneus en fin de vie sur sa Sauber. Ce qui est sûr, c'est que Kobayashi n'oubliera pas ce jour ni la foule qui chantait son prénom.

Il ne peut y avoir aucun doute : Kobayashi mérite d'être un pilote titulaire en Formule 1. Pourtant, son volant chez Sauber n'est pas sûr. Le Japonais fait face à de potentiels candidats plus expérimentés ou ayant des sponsors plus généreux. Il a été impressionnant tout au long du week-end japonais ; certains diront peut-être plus impressionnant que les podiums réalisés par son coéquipier Pérez, qui étaient le résultat de stratégies de course inhabituelles. Après la course, Monisha Kaltenborn, la directrice générale de Sauber, n'a pas voulu confirmer que Kobayashi conserverait son volant. La F1 serait perdante sans son unique pilote japonais, et ce n'est pas qu'une question de citoyenneté : son style de pilotage flamboyant et sa personnalité unique manqueraient à la discipline.

Un répit pour Massa ?
À deux semaines du deuxième anniversaire de son dernier podium, Felipe Massa a enfin renoué avec le top 3. La pression est énorme pour le Brésilien, dont l'avenir chez Ferrari, une équipe qu'il adore, est incertain. L'année dernière n'a pas été spectaculaire et celle-ci l'était encore moins pendant la première moitié de la saison. Mais depuis quelques courses, Massa est sur une remontée. Et à Suzuka, où Alonso a été mis hors service, il a repris le flambeau et s'est hissé de la 10e à la 2e place. C'est une performance qui, selon les derniers échos, pourrait lui donner une année de plus au sein de la Scuderia.

Cependant, il pourrait s'agir à la fois d'un signe de confiance et d'une manœuvre stratégique de la part de Ferrari. Parmi les candidats potentiels pour le remplacer, aucun n'a son expérience. Et on entend encore dire qu'un grand nom (Vettel) pourrait rejoindre l'équipe en 2014 ; cela signifierait que Ferrari ne pourrait offrir qu'un contrat d'un an. Un cadeau empoisonné qui pourrait faire hésiter même le plus ambitieux des pilotes, qui ne voudra pas, en théorie, d'un volant sur lequel le numéro '2' est clairement indiqué. Pour la confiance et pour la stratégie, conserver Massa aurait alors du sens s'il y a un fond de vérité sur la rumeur 2014. Ce sera alors à Massa de se prouver davantage.

Schumacher a encore cinq chances de gagner pour une 92e fois avant son départ
© Getty Images
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Le début d'un long au revoir
Ce fut un week-end très agité pour Michael Schumacher. Jeudi, il a annoncé sa deuxième et définitive retraite comme pilote de Formule 1 à la conclusion de la saison. Sachant que Nico Rosberg continue chez Mercedes et que l'arrivée de Lewis Hamilton avait précédemment été confirmée pour l'an prochain, la déclaration de Schumacher n'a pas été une grande surprise. On se demande toujours s'il quitte l'équipe volontairement ou s'il a été poussé vers la porte de sortie. Selon les rumeurs qui circulaient dans le paddock de Suzuka, la confirmation de Hamilton n'avait pas été préalablement annoncée à Schumacher, et Schumacher n'avait donné que quelques minutes d'avis à Mercedes avant d'annoncer sa retraite.

Officiellement, chacune des parties affirme que l'autre était régulièrement informée de tout. Pourtant, la conférence de presse de Schumacher semblait organisée à la hâte et peu digne d'un septuple champion du monde. Quant au GP du Japon, le Kaiser savait que sa pénalité de recul de dix places sur la grille de départ, conséquence de l'accident qu'il a provoqué à Singapour, allait lui compliquer la tâche. Une situation rendue plus difficile par une monoplace Mercedes moins compétitive ce week-end. Puisque cette 92e victoire qu'il souhaite tant réaliser avant son départ semble de moins en moins probable, on peut comprendre pourquoi Schumacher sent que le niveau d'énergie de ses batteries est dans "la zone rouge."

© ESPN EMEA Ltd.

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