• Grand Prix d'Inde 2012

GP d'Inde : Faits marquants

Laurence Edmondson / Chris Medland / Daniel Bastien
28 octobre 2012
Vettel vainqueur, Alonso allumé
© Press Association
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ESPNF1 fait le tour : le bon, le mauvais et le surprenant du week-end du Grand Prix d'Inde, 17e des 20 manches du championnat 2012, couru sur le circuit de Buddh.

Un sentiment de déjà vu

Depuis quelques courses, Sebastian Vettel est intouchable. Il a remporté les quatre derniers Grands Prix, ce qui semblait impensable au début de la saison alors qu'un pilote différent triomphait à chaque course. Mais Red Bull a maintenant découvert une voie de développement tellement riche que l'on peine presque à imaginer qu'une autre équipe puisse les battre. Malgré leurs efforts héroïques, Fernando Alonso et Ferrari comptent toujours une demi-seconde de retard au tour, mais la pression qu'ils imposent sur Red Bull est néanmoins forte : chaque petite opportunité est exploitée, comme nous l'avons vu en Inde.

S'élancer de la 5e place et terminer 2e, c'est un résultat fantastique pour Alonso. Mais le fait demeure que Vettel a terminé devant lui et compte maintenant 13 points d'avance à trois Grands Prix de la fin. Ce n'est certainement pas insurmontable comme écart, mais il faudra que les évolutions que prépare Ferrari pour le GP d'Abou Dabi soient rapidement efficaces. Surtout que Red Bull ne se croisera pas les bras jusqu'à la fin du championnat. "Nous pouvons nous battre contre les Red Bull actuellement, mais nous n'avons pas encore une voiture capable de gagner des courses", a souligné Alonso. Il y a donc un autre pas à franchir. Parallèlement, Vettel ne peut se permettre de commettre une erreur, sachant que son rival risque d'en profiter immédiatement. Chaque prochain Grand Prix sera crucial.

La polémique Ferrari

Jeudi, la Scuderia Ferrari a annoncé par voie de communiqué que le drapeau de la marine italienne serait affiché sur ses monoplaces en Inde, afin de saluer "l'une des plus remarquables entités de notre pays" et en espérant "que les autorités italiennes et indiennes trouveront bientôt une solution concernant la situation impliquant actuellement deux marins de la marine italienne." Rappelons que les deux militaires ont été accusés du meurtre de deux pêcheurs indiens, abattus au large du pays en février dernier après avoir été confondus pour des pirates. Les deux pays ne s'entendent pas sur la façon dont cette affaire peut être résolue. Le geste de Ferrari a donc inévitablement été perçu comme une déclaration politique, malgré les affirmations qu'il n'en était rien.

Les histoires du week-end

© Sutton Images
  • Choc : Charles Pic - Dernier sur la grille de départ, Pic aurait pu sombrer dans l'oubli pendant cette course. Au contraire, le pilote Marussia s'est démarqué par une performance solide et a fait mieux que son coéquipier Timo Glock. Il est vrai que la 19e place, ce n'est rien d'extraordinaire, mais lorsqu'un pilote signe une belle performance, il faut le souligner.
  • Choquant : Sergio Pérez - Pour quelqu'un censé être un expert dans la gestion des gommes, le pilote Sauber a rapidement détruit son premier train de pneus et s'est retrouvé sur une stratégie à deux arrêts, diminuant ainsi ses chances de marquer des points.
  • Meilleur dépassement : Bruno Senna - Il a mené une bonne course, mais il faut lui donner une mention spéciale pour sa manœuvre de dépassement du 16e tour. À l'approche du virage 5, le pilote Williams a profité du fait que son coéquipier Pastor Maldonado surveillait Romain Grosjean pour passer devant.
  • Meilleur tour : Sebastian Vettel - Son dernier tour a démontré à quel point il contrôlait très bien la situation. Bien que son meilleur chrono a ensuite été battu par Jenson Button (McLaren), le pilote Red Bull a su gérer ses gommes à la perfection en fin de parcours et rallier l'arrivée sans faute.
  • Pire tour : Sergio Pérez - Pressé de doubler Daniel Ricciardo pendant le 19e tour, le pilote Sauber a touché l'aileron avant de la Toro Rosso et s'est retrouvé avec une crevaison qui allait ensuite provoquer son abandon. Un week-end à oublier.
  • Performance du jour : Fernando Alonso - Oui, Vettel a impressionné, mais Alonso a été impressionnant. Parti 5e et sous pression pour marquer le maximum de points possible, il a poussé fort pour réserver sa place sur la dernière marche du podium. Et lorsque Mark Webber a connu des problèmes de SREC, Alonso a foncé pour combler l'écart et grimper à la 2e place. Le pilote Ferrari peut être fier de sa journée.

Lors de toutes les courses précédentes cette saison, jamais les voitures rouges n'ont porté le drapeau de la marine italienne ; mais c'était le cas ce week-end. Ce geste a attisé la colère en Inde et attiré des propos négatifs de la part du gouvernement indien. La FIA, par ses propres statuts, interdit aux équipes de faire des déclarations politiques. Pourtant, l'instance dirigeante n'a aucunement commenté la situation, du moins pas publiquement. Le patron de Ferrari, Stefano Domenicali, a semblé aucunement préparé pour répondre aux questions des journalistes, allant même jusqu'à leur suggérer de se renseigner auprès du service de presse de l'équipe.

Lorsque ESPNF1 est allé voir le directeur des communications de la Scuderia, on nous a invité à consulter le site internet de l'écurie. Un communiqué déclarait : "Ferrari souhaite affirmer que cette initiative n'a aucune insinuation politique, ni devrait-elle en donner l'impression." Mais une explication claire et simple de ce que Ferrari tentait d'accomplir au juste n'a jamais été fournie. En Inde, l'initiative n'a pas été appréciée. Maintenant que le Grand Prix est terminé, et que cette affaire embarrassante peut être mise de côté, laissons les deux pays continuer leurs discussions.

La réduction des coûts

La question de la réduction des coûts, ou plutôt de la voie à suivre pour réduire les coûts, divise le paddock cette saison. Les désaccords entourant l'application de la RRA (Resource Restriction Agreement, l'entente sur la restriction des ressources) a mené certaines équipes à quitter la FOTA (Formula One Teams Association) à la fin de l'année dernière. Récemment, Red Bull et Toro Rosso (même propriétaire), n'ont pas été invitées à des réunions au cours desquelles les autres écuries tentaient de déterminer la meilleure stratégie à adopter. Et lorsqu'il y a mésentente entre les équipes, Bernie Ecclestone, le président de Formula One Management, sait comment diviser pour mieux régner. Sa solution : un plafond budgétaire dont le montant initial serait fixé à 250 millions $, mais dont la barre serait graduellement baissée avec les années.

Un tel scénario, dans sa première année du moins, n'aurait presque aucun impact sur les écuries de pointe et ne changerait rien à la situation des équipes peinant à monter un budget leur permettant d'être compétitives. Mais pour ces dernières, ce serait néanmoins un pas dans la bonne direction qui leur donnerait espoir. Red Bull pourrait être satisfaite par cette proposition car ce plafond budgétaire engloberait toutes les dépenses des équipes (sauf le marketing), sans inclure ces vagues restrictions présentes dans la RRA actuelle dont Red Bull se méfie (car elle croit que les écuries appartenant à des manufacturiers contournent la RRA en cachant des dépenses liées à la F1 dans d'autres divisions de l'entreprise). Pendant ce temps, d'autres équipes tiennent mordicus à une nouvelle version de la RRA, plus spécifique et plus claire. Rien n'est réglé, mais il est possible que l'idée d'Ecclestone fasse son chemin.

Un marché dur à décoder

En ce qui concerne le marché des pilotes, un constat clair a été fait pendant le week-end du GP d'Inde : il y a encore beaucoup de points d'interrogation. Force India veut garder Paul di Resta, qui a avoué être "déçu" de ne pas s'être trouvé un volant dans une plus grosse équipe. L'autre volant de l'écurie serait bientôt libéré, la rumeur du passage de Nico Hülkenbrg chez Sauber (où il remplacera Sergio Pérez, futur pilote McLaren) faisant peu de doute. Jules Bianchi ou encore Adrian Sutil (et peut-être Sébastien Buemi) seraient candidats chez Force India.

Chez Sauber, le poste de Kamui Kobayashi n'est pas garanti et Esteban Gutierrez serait considéré pour le remplacer. Puisque Valtteri Bottas prendrait sa place chez Williams, Bruno Senna serait en train de cogner aux portes de Sauber, Force India et Caterham (Jaime Alguersuari aussi). On ne sait pas si Heikki Kovalainen sera prolongé chez Caterham. Quant aux écuries Marussia et HRT, Timo Glock et Pedro de la Rosa ne sont pas inquiets, mais Charles Pic et Narain Karthikeyan le sont peut-être : le deuxième volant est habituellement donné au pilote ayant les plus généreux sponsors.

Les organisateurs étaient mieux préparés cette année
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C'est déjà mieux

Le premier Grand Prix d'Inde a été bien apprécié par le public l'an dernier, mais les gens qui se sont rendus au circuit de Buddh ont découvert un complexe pas tout à fait prêt. Des chauve-souris se promenaient dans le centre médias, des escaliers incomplets menaient nulle part et les conditions de travail n'étaient pas idéales. Mais cette année, plusieurs problèmes ont été réglés. La FOTA avait transmis aux organisateurs une liste détaillant tous les changements et améliorations souhaités, et dans les semaines précédant la course elle a reçu une liste des items corrigés. Cette année, le week-end s'est beaucoup mieux déroulé et l'expérience a été plus agréable pour les équipes, les pilotes et les représentants des médias. Toutefois, bien que la course soit financée par le secteur privé, le contraste entre la vie dans le paddock et la vie quotidienne de la région environnante crée toujours un malaise.

Bernie bien en poste

Bernie Ecclestone était de bonne humeur dimanche dans le paddock de Buddh (si on ne lui posait pas de questions sur la compensation que lui demande la banque allemande BayernLB suite à l'affaire Gribkowsky). Alors qu'il fêtait ses 82 ans, le grand patron de la F1 n'a montré aucun signe de vouloir ralentir ni prendre sa retraite. Il a déclaré que les chasseurs de tête à la recherche d'un éventuel successeur n'étaient en fait qu'une démarche bureaucratique reliée au projet d'inscrire la F1 sur la bourse. Aime-t-il toujours son métier ? "Oui, absolument. Si ce n'était pas le cas, je ne le ferais pas", a répondu Ecclestone. En effet, on peut le croire.

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