• Grand Prix de Grande-Bretagne 2013

GP de Grande-Bretagne : Faits marquants

Laurence Edmondson / Chris Medland / Daniel Bastien
29 juin 2013

ESPN fait le tour : le bon, le mauvais et le surprenant du week-end du Grand Prix de Grande-Bretagne, huitième manche du championnat 2013, couru sur le circuit de Silverstone. Une course d'éclat(s).

Un sujet explosif
Pirelli connaît une saison plutôt difficile cette année, mais jusqu'à maintenant, rien ne pouvait se comparer aux événements du Grand Prix de Grande-Bretagne. Quatre explosions soudaines et dramatiques du pneu arrière gauche ont presque mené à l'arrêt total de la course. D'une certaine façon, les événements de Silverstone ont peut-être donné une idée de ce qu'aurait été le ridicule GP des États-Unis 2005 si Michelin, qui chaussait alors 14 des 20 voitures de la grille, avait laissé ses écuries clientes courir à Indianapolis.

Si nous pensons aux déliminations par-ci, et à la dégradation importante par-là, nous pourrions penser que certains signes avant-coureurs étaient parsemés un peu partout depuis le début de la saison. Mais ces incidents ne peuvent se comparer aux défaillances totales vues dimanche pendant la course. Pirelli affirme toutefois que les éclatements du GP de Grande-Bretagne sont un problème entièrement inattendu et nouveau, pour lequel il n'y avait pas eu de signes précurseurs. Selon votre point de vue, cela pourrait être encore plus inquiétant. Les pneumatiques de 2013 étaient déjà suffisamment controversés, Pirelli n'avait certainement pas besoin que l'on ajoute au dossier des dangers de défaillance soudaine sur des circuits à haute vitesse.

Plusieurs pilotes ont exprimé leurs inquiétudes après la course, avec raison. Heureusement, personne n'a été blessé dimanche malgré le potentiel d'incidents graves. Nous pouvons penser à Felipe Massa, qui a été chanceux de perdre le contrôle de sa Ferrari tout près d'une large zone de dégagement. À bord de l'autre Ferrari, Fernando Alonso a eu un réflexe éclair pour éviter la soudaine perte de vitesse de Sergio Pérez lorsque le pneu de sa McLaren a éclaté. Quant à Kimi Räikkönen, des débris ont rebondi sur le casque du pilote Lotus qui se trouvait derrière la Toro Rosso de Jean-Éric Vergne. Et c'est sans oublier tous les débris qui jonchaient la piste, alors que les bandes de gomme des pneus éclatés fouettaient les carrosseries des voitures affectées.

Les histoires du week-end

© Getty Images
  • Choc : Nico Rosberg - Sur un circuit à haute vitesse et sur une piste chaude, sa Mercedes n'a pas rapidement détérioré ses gommes, permettant ainsi à Rosberg de tenir bon jusqu'à la victoire
  • Choquant : Pirelli - Au total, cinq éclatements de pneu pendant la durée du week-end ; voilà un sérieux problème à régler
  • Meilleur dépassement : Mark Webber - En s'attaquant à la Lotus de Kimi Räikkönen dans le virage Copse, le pilote Red Bull a démontré qu'il sait encore comment s'y prendre
  • Meilleur tour : Fernando Alonso - À la fin du 48e tour, le pilote Ferrari a doublé la Toro Rosso de Daniel Ricciardo et ensuite la Force India d'Adrian Sutil ; du travail bien fait
  • Pire tour : Adrian Sutil - En se faisant dépasser par Fernando Alonso et ensuite Lewis Hamilton, le pilote Force India perdait ses espoirs de podium pendant le 49e tour
  • Performance du jour : Mark Webber - Pour conclure un week-end pendant lequel il a annoncé sa retraite, le futur ex-pilote Red Bull a récupéré d'un très mauvais départ, et de dommages sur son aileron avant, pour brillamment regagner le terrain perdu et passer à 0''7 de la victoire

Cependant, il y a peut-être un point positif a tirer de cette journée. Les écuries qui bloquaient depuis plusieurs semaines les propositions de Pirelli, concernant une nouvelle structure pour ses pneumatiques arrière, ne pourront plus s'y opposer (si une nouvelle structure s'avère être la meilleure solution). Il n'y aucun doute sur le fait que les pneus posent maintenant des risques de sécurité, donc en théorie, Pirelli n'a plus besoin du consentement unanime des équipes pour apporter des changements à ses structures. Surtout si ces changements visent à éliminer des risques.

Mais le fait demeure que toute cette situation est un désastre en termes d'image pour l'entreprise italienne, et tout cela survient alors que Paul Hembery, le directeur de Pirelli Motorsport, a convaincu le conseil d'administration de persévérer en Formule 1 malgré les négociations difficiles concernant un nouveau contrat. Pour une entreprise de pneus, il n'y a peut-être rien de pire que des séquences vidéo de pneumatiques éclatant à haute vitesse. On peut se demander quel impact cela pourrait avoir sur les ventes de ses produits et ses ententes avec des manufacturiers automobiles. Quant à la prolongation du contrat F1 de Pirelli, il faudra attendre pour voir s'il y a des conséquences. Et en ce qui concerne la saison 2013, il est possible que Pirelli soit portée à faire des choix très conservateurs parmi ses gommes pour toutes les courses à venir, ce qui pourrait aussi avoir un important effet sur le déroulement du championnat.

Mercedes sur la remontée
La victoire de Nico Rosberg à Silverstone était loin d'être tracée d'avance. Tous ses rivaux principaux ont rencontré des problèmes : un pneu éclaté pour Lewis Hamilton, une boîte de vitesses cassée pour Sebastian Vettel, un très mauvais départ pour Mark Webber. Cela dit, il nous faut pas minimiser l'accomplissement de Rosberg, qui a lui-même échappé de peu à l'éclatement d'un pneu. Il a su gérer sa course à la perfection pour franchir la ligne d'arrivée avec une marge de seulement sept dixièmes de seconde sur Webber, qui lui mettait toute la pression. Mais la plus grande surprise, c'est que sa Mercedes a pu compléter la distance d'une course sans souffrir de son habituelle dégradation rapide des gommes arrière.

Cet aspect n'a pas échappé aux yeux attentifs de Christian Horner, patron de Red Bull, et Éric Boullier, patron de Lotus. Chacun a souligné le fait que Mercedes a remporté deux Grands Prix (Monaco et Grande-Bretagne) depuis ses essais privés avec Pirelli suite au GP d'Espagne. Il est très possible que ces trois journées d'essais (qui ont mené Mercedes et Pirelli devant le tribunal international de la FIA, faut-il le rappeler) aient aidé l'équipe à mieux comprendre certaines choses sur sa monoplace, même si elle était chaussée de pneus prototype pour 2014 à Barcelone, mais il demeure improbable que l'équipe a pu ainsi trouver la clé secrète pour débloquer tout le potentiel de sa Flèche d'argent.

Bien que le circuit de Silverstone soit dur sur les pneus, la dégradation a tendance à se manifester sur les pneus avant, tandis que le problème de Mercedes a toujours affecté ses pneus arrière. Cela signifie que l'équipe arrivait à mieux protéger son train arrière ce week-end, plus qu'ailleurs. Mais il ne faut pas oublier un facteur important : si les deux pilotes Red Bull avaient connu une course sans problèmes, le meilleur résultat possible de Mercedes aurait été une 3e place. Mais quoi qu'il en soit, une victoire, c'est une victoire. Et Mercedes, maintenant 2e dans le championnat des constructeurs, risque dorénavant d'être une équipe à surveiller.

Le volant de Webber est très, très convoité
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Qui veut courir pour Red Bull ?
Mark Webber a surpris la grande majorité du paddock jeudi matin en annonçant qu'il allait quitter la F1 à la fin de la saison pour s'engager avec Porsche dans le championnat du monde d'Endurance. Il faut reconnaître que peu s'attendaient à voir Webber continuer chez Red Bull, et que certains s'attendaient à le voir quitter la Formule 1. Mais cette année, le grand Australien a choisi de confirmer sa décision à l'avance. Habituellement, Webber faisait part de ses plans futurs après le GP de Grande-Bretagne et non avant.

Webber, qui avait semble-t-il une offre de la part de Dietrich Mateschitz, le grand patron de l'empire Red Bull, dit avoir fait une faveur à l'équipe en confirmant sa décision plus tôt que d'habitude. Ainsi, Red Bull peut déjà se mettre à la recherche du prochain coéquipier de Sebastian Vettel. Christian Horner, le patron de l'équipe, a lui aussi été pris par surprise puisqu'il a révélé avoir été avisé par Webber seulement une heure avant l'annonce publique. Cependant, en peu de temps, il avait déjà une courte liste de trois noms comme candidats potentiels pour 2014.

Bien entendu, les noms des pilotes de l'équipe satellite Toro Rosso, soit Daniel Ricciardo et Jean-Éric Vergne, apparaissent sur cette liste. Et avec raison, puisque chacun a signé de très belles performances depuis quelque temps. Mais Kimi Räikkönen, pilote Lotus et champion 2007, est également considéré et il semble être le grand favori. En termes de marketing, le fameux Iceman s'accorderait parfaitement à l'image de la marque Red Bull, qui s'était d'ailleurs associée au Finlandais pendant ses deux années en rallye. Depuis quelques jours, Horner a fait suffisamment de remarques concernant Räikkönen pour que ce dernier comprenne bien le message, et il est toujours possible que des contacts soient déjà établis. Räikkönen lui-même, dont le contrat avec Lotus prend fin cette saison, a admis qu'il devait réfléchir avant de prendre une décision concernant 2014.

Pour McLaren, la saison 2013 servira dorénavant au développement de sa monoplace 2014
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McLaren lance la serviette
Quelques jours avant le début du week-end britannique, le directeur général de McLaren, Jonathan Neale, prenait soin de dire que l'équipe n'allait pas prématurément transférer la majorité de ses ressources sur la voiture 2014. Les résultats des trois prochaines courses, disait-il, allaient dicter le programme de l'écurie. Mais au soir de la course, il était clair que McLaren n'avait pas fait de grands pas en avant (Button était 13e à l'arrivée, abandon pour Pérez). Le patron Martin Whitmarsh a finalement admis que McLaren allait maintenant se concentrer sur sa voiture 2014, et que tout développement de la monoplace 2013 serait fait en fonction de préparer l'année prochaine.

Il faut dire qu'ultimement, au point où en sont rendues les choses, cette approche est probablement la meilleure. Rappelons que Force India était inquiète de voir McLaren progresser, mais au contraire, l'équipe creuse l'écart et renforce sa 5e place dans le championnat des constructeurs. McLaren choisit donc de vivre une période difficile maintenant, sur le court terme, pour s'assurer de tout faire correctement en vue de l'année prochaine. Au fond, c'est un scénario qui rassemble à celui adopté par Mercedes en fin de saison dernière, et qui de toute évidence leur sourit aujourd'hui.

Rappelons qu'en 2009, la dernière fois qu'une nouvelle série de règlements techniques est entrée en vigueur, McLaren avait démarré du mauvais pied et n'a toujours pas réussi à s'imposer au sommet du classement final des constructeurs depuis. Pour l'équipe, il n'est pas question de répéter cette erreur une autre fois. Même si McLaren parvenait à s'emparer de la 5e place des constructeurs cette année, personne ne s'en souviendra. Nous nous souviendrons toutefois que l'année 2013 a été une saison terrible. Mais si l'équipe se bat pour le titre l'année prochaine, McLaren aura tourné la page.

L'abandon de Vettel, une opportunité pour les autres
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Le championnat revit
Les signes étaient inquiétants au Canada, lorsque Sebastian Vettel a remporté la course et augmenté son avance dans le classement des pilotes à 36 points. Et lorsque le pilote Red Bull s'est emparé de la la tête du peloton pendant le GP de Grande-Bretagne, après l'éclatement du pneu arrière gauche de Lewis Hamilton, tout indiquait que son coussin allait grossir de nouveau. La chance lui a souri encore lorsque son équipe a réalisé, après son premier arrêt, qu'il avait lui aussi des coupures sur son pneu arrière gauche ; heureusement pour lui, le pneu n'avait pas cédé avant son passage dans les stands. Pendant que Fernando Alonso et Kimi Räikkönen se battaient plus loin derrière, Vettel était en route vers la victoire et il avait le potentiel pour augmenter son avance à près de 50 points.

C'est alors que tout a changé pendant le 41e tour. Lorsque la boîte de vitesses de Vettel a rendu l'âme, l'immense foule a crié son bonheur. Ce n'était pas de la méchanceté envers le triple champion en titre, c'était la satisfaction de voir que les autres prétendants au titre pouvaient en profiter pour réduire l'écart dans le classement. Le deuxième déploiement de la Voiture de Sécurité a également transformé la course d'Alonso en lui permettant de chausser des pneus neufs et d'entamer sa charge vers la 3e place à Silverstone. L'écart entre Vettel et Alonso est maintenant de 21 points, soit moins que les 25 points d'une victoire. Cela sert à rappeler à quel point les choses peuvent parfois rapidement changer en F1. Et il reste encore 11 Grands Prix sur le calendrier...

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