- Interview Paul Hembery
Comprendre les pneumatiques 2012
Dans la première partie de notre interview exclusive avec le patron de Pirelli Motorsport, Paul Hembery, celui-ci explique les défis qu'il a dû relever cette année
© Sutton Images
Comment jugez-vous cette première partie de saison ?
Sur le plan général de la discipline, nous avons un Championnat très enthousiasmant jusqu'ici. Au début de l'année, nous avons vu une série de vainqueurs différents et on a vu des voitures de plus en plus compétitives cette saison, c'était la conséquence d'un changement de règlement intervenu la saison dernière. Il fallait interdire le diffuseur soufflé et les ailerons avants flexibles que les meilleures équipes possédaient. Le résultat a été un nivellement des valeurs. Il y a eu également le défi que les équipes ont dû relever concernant les pneumatiques, nous avons vu des courses palpitantes et on a un championnat qui est loin d'être fermé à ce stade de la saison.
Ces changements de règlement ont eu un effet important sur la manière dont les voitures usent les pneumatiques. Est-ce que c'est quelque chose que vous aviez anticipé ?
Nous avons vu les voitures pour la première fois au mois de février, alors nous avons connu un problème similaire. Nous effectuons des tests avec une voiture qui est vieille de deux ans, c'est une Toyota qui a été modifiée pour posséder l'appui aérodynamique des voitures de 2011. Alors cela a quelque peu faussé notre vision. Les nouveaux règlements ont fait en sorte que les températures sont différemment réparties et cela a peut-être donné aux équipes des problèmes supplémentaires par rapport à ce que nous avions déjà prévus.
Pirelli a également fait des changements concernant ses pneumatiques, avec notamment un pneu de plus large. Est-ce que c'était la conséquence d'essais effectués avec des niveaux d'appui aérodynamiques datant de 2011 ?
Non, nous avions le sentiment que les voitures avaient besoin d'un pneumatique plus large cette année, car il y avait moins d'appui aérodynamique, c'était intentionnel. Ce que nous n'avons pas réalisé c'est le différentiel qui existe entre l'arrière et l'avant. Nous avons vu pas mal d'équipes, cette année, batailler pour avoir la même température sur les pneumatiques avants que sur les pneumatiques arrières. Nous avions prévu que certaines voitures auraient des problèmes avec du patinage, avec de la surchauffe de pneumatiques. Cela est d'autant plus vrai qu'une voiture au départ, avec 150 kg de carburant, ne se comporte pas du tout de la même manière que dans les derniers tours.
Est-ce de cela que se plaignaient les équipes ? De la différence entre le début et la fin de la course ?
C'est probablement davantage axé sur la nature même des deux types de gommes. Il est possible qu'il y en ait un qui fonctionne bien et que l'autre ne soit pas optimal et que dans des températures plus fraîches il y ait davantage de problèmes. Nous avons vu cela à Silverstone, par exemple, où les pneumatiques les plus tendres étaient un peu trop froids pour atteindre leur degré de fonctionnement optimal. La question de la fenêtre de fonctionnement a été je pense un peu exagérée. Je pense que c'est davantage une question de différence entre les deux pneumatiques et peut-être le fait d'avoir à effectuer des compromis sur l'un des deux types de gommes. Mais la saison européenne est assez difficile parce qu'à l'inverse de la saison outre-mer où vous savez plus ou moins quelle météo vous attend, en Europe on passe vraiment très facilement de 15°C à plus de 35°C et il peut y avoir également de la pluie.
Pensez-vous que nous allons voir des équipes commencer à bien maîtriser les pneumatiques, comme cela s'est déroulé la saison dernière ?
Je pense que c'est déjà le cas. On voit déjà quelle forme va prendre ce Championnat et en Hongrie, nous avons vu Kimi (Räikkönen) être très performant. Alors pour les pilotes qui sont devant, il ne fait pas de doute qu'ils sont exceptionnels (et qu'ils ont déjà bien compris les pneumatiques Pirelli).
Pour l'année 2013, il n'y aura pas énormément de changements de règlement. Est-ce que cela veut dire que vous allez à nouveau modifier vos pneumatiques de manière à brouiller les pistes, ce qui plaît au public mais pas forcément aux équipes ?
Les pilotes sont probablement ceux quia apprécient le moins. Pour ce qui concerne les équipes si vous parlez avec les personnes en charge de la technique, la seule chose qui les intéresse c'est que tout le monde soit à égalité. En ce qui concerne les passionnés, dans leur vaste majorité, ils sont très, très heureux. Il faut penser aussi qu'il y a de nouveaux marchés à conquérir, nous essayons de faire grandir cette discipline en Asie, en Inde et nous essayons de revenir aux États-Unis. Il nous faut fournir un sport qui soit attractif et stimulant pour les supporters. S'ils allument leur télévision et voient une procession alors malheureusement ils ne regarderont pas la fois suivante.
Si vous êtes dans un pays qui n'a pas l'histoire et la culture de la Formule 1, ça peut être un problème. Nous nous adressons à des personnes qui doivent apprécier l'excitation et les frissons que peuvent fournir cette discipline. Nous sommes en compétition avec d'autres sports.
Avez-vous déjà pris des décisions concernant l'année prochaine ?
Nous aurions déjà pu effectuer des changements à la mi-saison cette année, mais sachant que beaucoup d'équipes sont très proches en haut du tableau nous avons eu le sentiment qu'effectuer des changements maintenant n'était peut-être pas indiqué parce que certaines équipes auraient peut-être pu trouver que ces changements avantageraient leurs adversaires, nous ne pouvions pas faire cela cette année. Par ailleurs, il y a un ou deux secteurs que nous voulons améliorer. Nous voulons améliorer notre pneumatique pour la pluie par exemple et le rapprocher du pneumatique intermédiaire de manière à ce qu'il fonctionne mieux dans des conditions plus humides. C'est quelque chose sur lequel nous sommes en train de travailler. Nous travaillons toujours pour progresser sur les petits problèmes de grainage que nous avons, et qui sont provoqués par la surchauffe de l'épaulement du pneumatique. Mais en termes de structures et de composé, nous ne sommes pas décidés pour l'instant. Nous devons comprendre un peu mieux le défi que les équipes souhaiteraient relever parce qu'il faut également avoir à l'esprit qu'il y aura de gros changement à partir de 2014 (nouveaux moteurs). Alors peut-être que les équipes ne veulent pas trop se creuser la tête sur des questions de pneus sachant que l'année suivante il faudra vraiment effectuer de nombreux changements. Si nous continuons en 2014, peut-être que nous saisirons l'occasion pour faire nous aussi des changements importants.
La deuxième partie de l'interview sera publiée mardi

