• Massa et la Scuderia Ferrari

Se sacrifier pour l'équipe

Laurence Edmonson
19 novembre 2012
Sacrifié pour la cause : le rôle que doit jouer Massa au sein de Ferrari n'a jamais été aussi clair qu'aux États-Unis
© Sutton Images
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Pour la première fois depuis que Ferrari a confirmé la prolongation du contrat de Felipe Massa, en octobre, le raisonnement de cette décision a commencé à avoir du sens lors du Grand Prix des États-Unis à Austin.

Le pilote brésilien a réalisé un de ses meilleurs week-ends depuis l'accident qui a failli lui coûter la vie en 2009, mais il a donné un bon coup de main à Fernando Alonso en sacrifiant sa 6e place sur la grille de départ, pourtant un résultat supérieur à celui de l'Espagnol. En acceptant que Ferrari brise volontairement le sceau apposé par la FIA sur sa boîte de vitesses, ce qui résulte automatiquement en une pénalité de recul de cinq places, Massa a permis à son coéquipier d'être du côté propre de la grille mais aussi d'être plus près de son adversaire pour le titre, Sebastian Vettel.

Vu ses performances pendant la première moitié de la saison, Ferrari aurait dû remplacer Massa en 2013 (et en fait, elle a discuté avec au moins un candidat potentiel). L'écurie s'est par la suite ravisée car Massa a amélioré ses résultats, mais aussi parce qu'elle a réalisé les qualités de son pilote : il est un véritable joueur d'équipe et il connaît très bien le mode d'opération de la Scuderia.

Imaginez comment Mark Webber aurait réagi si Red Bull avait voulu copier la tactique de Ferrari en imposant à l'Australien le même sabotage volontaire, question de contrecarrer Alonso et le replacer du côté sale de la grille...

Cela étant dit, nous avons néanmoins remarqué un peu de frustration chez Massa lorsqu'il a noté que son patron "est chanceux d'avoir un pilote comme moi." Stefano Domenicali aurait pu facilement répliquer à cela en disant que Massa était chanceux d'être chez Ferrari en 2013. Au fond, Massa doit payer le prix de cette deuxième chance que lui donne Ferrari, et sa pénalité 'volontaire' n'était que le premier paiement sur sa dette.

Bien entendu, cela ne signifie pas que l'acceptation de la tactique d'Austin a été plus facile à avaler, surtout que pour la première fois cette année, Massa s'est montré meilleur qu'Alonso pendant les qualifications mais aussi pendant la course. Il a démarré trois rangées derrière son coéquipier, mais n'était qu'à sept secondes de lui à l'arrivée. Massa est resté sagement derrière, comme un mitrailleur de queue, pour protéger Alonso contre tout pilote qui tenterait de le menacer. On peut comprendre pourquoi le Brésilien considérait sa performance aussi impressionnante qu'une victoire.

Si l'on jette un coup d'œil sur l'historique de Ferrari, le comportement de l'équipe n'a rien de nouveau. Par exemple, en 1956, Peter Collins a sacrifié ses propres chances de remporter le championnat lorsqu'il a cédé sa voiture à Juan Manuel Fangio à la mi-course. On peut aussi penser à Rubens Barrichello, en Autriche en 2002, cédant contre son gré la victoire à Michael Schumacher dans le dernier virage. La liste est longue.

La tactique a fonctionné, Alonso peut encore aspirer au titre au Brésil
© Press Association
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Allégeance au leader

Alors, en signant pour une autre année, Massa faisait allégeance à Ferrari, ce qui signifie aussi faire allégeance à Alonso. Chez McLaren, le patron Martin Whitmarsh en sait quelque chose : "C'est très clair qu'ils sont entièrement concentrés sur Fernando, et cela fonctionne pour lui. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque où Fernando était avec nous (en 2007), c'est le fait de ne pas agir ainsi qui l'a poussé à partir. Ils prennent leurs propres décisions et je ne critique personne."

Différentes équipes fonctionnent de différentes façons. C'est d'ailleurs ce qui fait partie de l'attrait de la Formule 1, autant sur la piste qu'ailleurs. McLaren, par exemple, est fière de la parité entre ses pilotes (cela leur a d'ailleurs coûté le titre en 2007, Hamilton et Alonso l'ayant tous deux échappé par un point).

Mais chez Ferrari, l'équipe place toujours ses propres intérêts avant le pilote. Si la tactique d'Austin n'avait pas été utilisée et qu'Alonso perdait ultimement le championnat par quelques points, des questions beaucoup plus sérieuses seraient posées à Maranello.

Pendant ce temps, c'est en pensant à l'avenir que Massa justifie l'acceptation de la décision de Ferrari aux États-Unis. "Je m'améliore sans cesse", a-t-il dit. "C'est très positif pour l'an prochain. J'espère que la prochaine voiture sera plus compétitive, surtout que le règlement (technique) changera peu (…) Je pense que cela pourrait être très important pour moi."

Quant à Ferrari, la Scuderia a justifié sa décision en soulignant qu'elle se dirige maintenant vers le Brésil, pour une des plus imprévisibles courses de la saison, avec un écart de 13 points entre Vettel et Alonso.

"Vous pouvez être d'accord ou non avec notre décision, mais honnêtement, c'était de notre responsabilité d'agir ainsi", a déclaré Domenicali. "Nous savions que la différence en termes d'adhérence était très élevée entre les deux côtés de la grille de départ. Et si nous voulions nous battre pour le championnat (des pilotes) jusqu'à la dernière course, il était très important d'être le plus près possible de l'avant du peloton lors des deux premiers tours."

Laurence Edmondson est éditeur-adjoint chez ESPNF1

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