• Interview ESPN : Paul Hembery

Le plan 2013 de Pirelli

Laurence Edmonson
23 janvier 2013

ESPN a rencontré Paul Hembery, le patron de Pirelli Motorsport, pour discuter des caractéristiques des pneus 2013 et des défis qui attendent les équipes cette saison.

Un dévoilement, c'est toujours une période très enthousiasmante pour vous et Pirelli...
"Nous travaillons sur près de 140 championnats différents dans plus de 40 pays. C'est amusant et cela nous permet de voir le sport motorisé à tous les niveaux. Nous sommes présents de la base jusqu'au pinacle qu'est la F1. C'est intéressant en plus d'être un vaste engagement dans le monde des sports motorisés."

"Il y a plusieurs applications différentes bien sûr, mais nous développons beaucoup de technologies grâce à la F1, particulièrement en termes de simulation, de développement des matériaux et de développement technologique. Au fond, nous travaillons sur des sprints en F1, mais dans d'autres championnats nous avons besoin de pneus durables et endurants, ce qui est tout le contraire (de la F1). Il y a des différences fondamentales, mais la F1 nous apporte beaucoup en termes de méthodologie du travail."

Les nouveaux pneus pour la F1 ont une structure et des composés différents. Quels sont les objectifs de Pirelli en ce qui concerne les caractéristiques de ces pneus ?
"Vers la fin de l'an dernier, nous avons vu qu'il y avait très peu de dégradation et que les pneus duraient trop longtemps. Il y avait une tendance vers des courses à un arrêt, alors nous savions qu'il était nécessaire de passer à une autre étape en termes du défi que nous voulions donner aux équipes, pour qu'elles aient à travailler avec quelque chose de plus difficile."

"La nouvelle structure va améliorer la traction au milieu des virages, soit l'endroit où les pilotes réaccélèrent. La structure elle-même est beaucoup plus rigide et cela réchauffera le pneu davantage. Suite au très court test effectué (lors des essais libres) au Brésil, nous croyons que ce réchauffement pourrait créer plus de dégradation. Donc ce sera différent, mais nous savons qu'en donnant un défi aux meilleurs ingénieurs du monde, ils se grattent la tête au début mais ils surmontent rapidement l'obstacle. Nous l'avons constaté au cours de nos deux premières années en F1."

Si les pneus montent plus facilement en température, est-ce que cela pourrait aider certaines petites équipes qui avaient des difficultés à faire fonctionner les gommes dures l'an dernier ?
"Ce sera certainement le cas. L'an dernier, chaque fois que nous faisions un choix un peu conservateur (parmi les gommes disponibles), si une équipe devait connaître des difficultés, c'était une équipe dont les voitures avaient un peu moins d'appuis et non une écurie de pointe. Cela pouvait amplifier, jusqu'à un certain point, l'avantage des équipes à l'avant. Mais il faudra voir le taux de développement des équipes. Ont-elles travaillé en fonction des très importants changements qui seront apportés aux règlements en 2014 ? Que feront-elles pendant cette année de transition ? Ce sera intéressant à observer lors des essais hivernaux."

L'an dernier, l'interdiction sur les diffuseurs soufflés a compliqué les choses pour les équipes et leur compréhension des pneumatiques. Puisque la réglementation n'a presque pas changé cette année, était-ce plus facile de produire les caractéristiques que vous vouliez donner aux pneus ?
"Nous croyons que oui. Ce changement apporté aux voitures l'an dernier était très significatif et les équipes avaient des difficultés à équilibrer la température (des pneus) entre l'avant et l'arrière de la voiture. Nous ne pensons pas que ce sera le cas cette année puisque les nouvelles voitures sont proches des voitures de l'an dernier. Cela va sûrement aider les équipes, mais elles devront néanmoins s'habituer à un peu plus de dégradation qu'à la fin de l'an dernier."

Il y a eu quelques courses à un arrêt vers la fin de l'an dernier, je pense au GP des États-Unis en particulier, qui étaient excitantes à voir. Est-ce que Pirelli, les équipes et la discipline cherchent toujours à produire des courses à arrêts multiples ?
"Nous visons toujours deux à trois arrêts par course. C'était intéressant aux États-Unis car il s'agissait d'une nouvelle piste et les pilotes cherchaient toujours les zones de freinage. Si nous étions retournés (au même circuit) une semaine plus tard, je pense que la course aurait été très différente. Il faut parfois faire attention à la lecture que l'on fait d'une course. Nous avions le sentiment d'avoir été un peu trop conservateurs dans nos choix de pneus vers la fin de la saison, mais il faut faire ces choix quelques mois à l'avance car les pneumatiques doivent être expédiés très tôt pour les dernières courses car elles sont lointaines (de l'Europe). Et une fois que ces décisions avaient été prises, et avec le championnat toujours en jeu, nous sentions qu'il n'aurait pas été correct de les changer."

"Comme ce fut le cas lors des deux dernières années, nous espérons connaître un autre début de saison intéressant pendant lequel les équipes tenteront de résoudre le défi que nous leur avons donné, et qu'ensuite elles évoluent vers une compréhension complète des nouvelles gommes et de la structure différente des pneus. Après cela, vers la fin de l'année, nous entrerons dans une autre phase où nous devrons peut-être faire des choix plus agressifs (en termes des types de gomme fournis pour les courses)."

Serait-il possible de continuer à faire évoluer les composés à mesure que la saison progresse, question de garder les équipes dans l'inconnu ?
"Ce serait probablement un peu injuste envers les équipes si elles travaillaient sur une solution et que nous apportions un changement qui pourrait donner un avantage à une ou deux autres équipes en particulier. Nous serions sûrement critiqués et on nous accuserait d'avoir porté assistance à ces deux équipes, alors il faut faire très attention avec cela. Idéalement, si nous avions des changements à apporter, il faudrait certainement que cela se fasse avant la mi-saison car ne nous voudrions pas influencer le championnat de quelque manière que ce soit."

La gomme dure portera une bande orange cette année
© Getty Images
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Avez-vous apporté des changements graphiques aux pneus, ou à leur look ?
"La gomme dure aura maintenant une bande orange. L'an dernier, nous avons tenté de clarifier la différence entre la gomme medium et la dure : si vous pouviez voir une bande blanche, c'était la gomme medium, si vous ne voyiez aucune bande colorée, vous saviez que c'était la dure (la bande argent des gommes dures ne paraissait plus lorsque le pneu était en mouvement, ndlr). Mais cela ne fonctionnait pas vraiment bien au fond, et notre logo n'avait pas belle allure. Alors la gomme dure a une bande orange maintenant, ce qui devrait être très visible."

Cela fait quelque temps que l'idée d'un pneu dédié aux qualifications circule. Est-ce que cette possibilité a le soutien des équipes et de Pirelli?
"Nous sommes toujours ouverts à cela. S'il y a de nouvelles idées ou des approches différentes à considérer, nous sommes ouverts. Nous serions heureux de produire un pneu de qualification si les équipes pensent que c'est nécessaire."

Est-ce que Pirelli souhaiterait qu'un changement en particulier soit apporté aux règlements ?
"C'était lorsque certaines équipes ne roulaient pas pendant la période Q3 (des qualifications, pour économiser des pneus pour la course), particulièrement pendant notre première saison (en 2011), que nous avions l'impression de tricher les fans. Nous n'aimions pas cette pratique. Cela étant dit, les performances des voitures étaient tellement serrées l'an dernier qu'il y avait toujours un bon avantage à aller chercher en roulant pendant la Q3. Alors moins d'équipes ne roulaient pas pendant cette période, donc cela nous dérangeait moins. Le problème c'est en quelque sorte réglé par lui-même l'an dernier. Mais on ne sait jamais pour l'avenir, peut-être allons-nous produire un pneu ultra-tendre, bon pour un run seulement, qui augmenterait davantage l'attrait des séances qualificatives."

Pirelli n'a pas encore de contrat pour 2014. Je sais que l'entreprise souhaite continuer en F1, mais à quel moment aurez-vous besoin d'une décision?
"Nous aimerions que cela se fasse tôt dans l'année. Nous avons beaucoup de gens engagés dans le projet F1, probablement plus que peuvent penser les équipes. Alors si le projet ne continue pas, il faut le savoir relativement tôt pour que nous puissions rediriger les ressources vers d'autres activités. Nous aimerions certainement avoir une réponse pendant le premier trimestre de l'année."

Est-ce que les discussions ont lieu strictement entre Pirelli et le détenteur des droits commerciaux de la F1 ?
"Absolument, mais il faut aussi faire une proposition acceptable pour les équipes. C'est une négociation à deux sens entre le détenteur des droits commerciaux (représenté par Bernie Ecclestone, ndlr) et les équipes. Nous espérons que la FIA est satisfaite de la qualité et de la fiabilité de nos produits. Pour elle, les principales considérations sont la sécurité et la transparence, et nous n'avons eu aucun problème à ces niveaux. Cela se joue vraiment entre le détenteur des droits commerciaux et les équipes elles-mêmes."

Est-ce que le changement de moteur prévu pour 2014, soit le passage d'un V8 à un V6, nécessite une révision technique ?
"Pas une grande révision technique. Le risque se trouve probablement au niveau de la traction, car il y aurait plus de couple qu'avec les moteurs actuels, donc cela pourrait augmenter l'usure et la surchauffe. Mais ce sera difficile pour nous de commenter tant que nous n'aurons pas vu les détails concernant les prochaines voitures. Je suis sûr que cette première saison (avec les nouveaux règlements) sera très excitante vu tous ces changements qui surviendront en même temps."

La Renault R30 (de 2010) que vous utilisez pour vos essais est relativement neuve pour Pirelli, car vous l'avez acquise en mars dernier, mais sa technologie à maintenant trois ans. Est-ce que cela deviendra problématique à l'avenir?
"Il faudrait que notre contrat soit renouvelé (avant de penser à changer de voiture). Tout dépend à quel point une voiture actuelle ou précédente sera pertinente par rapport aux voitures de 2014. Alors le travail en prévision de 2014 sera en grande partie effectué dans un simulateur, je dirais."

Parlez-vous avec d'autres pilotes d'essais ?
"Non, Jaime Alguersuari est toujours avec nous et nous sommes heureux de l'avoir. Lucas di Grassi fait un excellent boulot. Nous ne ressentons pas le besoin de changer nos pilotes pour le simple fait de les changer."

Laurence Edmondson est éditeur-adjoint d'ESPNF1

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