• Rétro : GP de Caesars Palace 1981

Viva Las Vegas

Chris Medland
19 janvier 2013
Jones mène dans le premier des 16 virages du circuit temporaire de Las Vegas
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Au cours de son Histoire, le championnat de Formule 1 a souvent été décidé dans une ambiance excitante lors de la dernière course de l'année. Il y a quelques décennies, cela avait surtout lieu à Mexico, à Watkins Glen et parfois à Fuji.

En 1981, les trois derniers prétendants au titre étaient familiers : Nelson Piquet, Carlos Reutemann et Jacques Laffite. Mais le dernier circuit de la saison n'était certainement pas familier, car il s'agissait du parking de l'hôtel et casino Caesars Palace, à Las Vegas aux États-Unis.

Pour la première fois dans l'Histoire de la F1 (avec l'exception des 500 milles d'Indianapolis), une manche du championnat ne portait pas le nom du pays hôte. Dans ce cas-ci, la course a adopté le nom du commerce accueillant l'événement : le Grand Prix de Caesars Palace. Puisque le circuit de Watkins Glen n'était plus au calendrier, la Formula One Constructors Association (FOCA, l'association des constructeurs de F1) cherchait un autre site, cette fois sur la côte ouest américaine. Le renommé complexe hôtelier situé sur le fameux Las Vegas Boulevard était plus qu'heureux de payer la note.

Les permutations concernant le titre étaient très intéressantes. Reutemann (Williams) menait Piquet (Brabham) par un point seulement. Après s'être imposé au Canada, Laffite (Ligier) était à six points du leader. Une victoire donnait alors neuf points.

Reutemann espérait devenir le deuxième champion de l'écurie Williams en autant d'années, mais ses bonnes performances eurent comme conséquence la détérioration de sa relation avec son coéquipier, le champion du monde Alan Jones. Toutefois, cette situation ne semblait pas affecter Reutemann, qui apparaissait à l'aise et détendu aux abords de la piscine du Caesars Palace.

Cependant, pour que l'Argentin décroche enfin le titre malgré sa très fragile avance, les conditions devaient être bonnes. Même son patron Frank Williams, bien qu'optimiste, n'était pas entièrement convaincu : "Alan Jones est un meilleur pilote que Carlos, mais si Carlos sent qu'il est dans une classe à part, et si tout fonctionne parfaitement, son pilotage peut être magique."

Piquet était lui aussi détendu, sachant qu'il ne pouvait pas contrôler toute la situation : "Je ferai de mon mieux. Et si je ne gagne pas, et alors ? Je me relèverai le lendemain matin. Tout peut arriver. Je pourrais avoir une défaillance mécanique, un problème avec les pneus ou commettre une erreur. Je ne suis qu'humain."

L'écurie Brabham, dirigée par Ecclestone, tient Piquet informé de la situation
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Ni Piquet ni Reutemann ne portaient vraiment attention à Laffite, mais cela faisait bien son affaire. "Je suis dans la meilleure position car pour moi, il n'y a aucune pression. Je suis celui qui n'a rien à perdre", avait-t-il déclaré. "Je crois que je deviendrai le premier champion du monde français. Si ce n'est pas samedi, ce sera un autre jour."

En plus de toute l'attention générée par cette course décisive, une autre histoire occupait les manchettes. Ce Grand Prix allait être le dernier de Jones, le champion en titre, qui avait annoncé sa retraite. Certains aspects de la discipline l'irritaient, comme cette volonté d'organiser la finale du championnat dans le parking d'un hôtel-casino. Mais le tracé de 3,5 km s'est avéré difficile à dompter pour les pilotes ; Reutemann a d'ailleurs avoué qu'il "était moins ridicule que nous l'avions imaginé."

Et c'est alors que Piquet s'est retrouvé avec une blessure inattendue. Le Brésilien s'était réservé les services du masseur personnel du boxeur Sugar Ray Leonard, et la conséquence a été un dos en très mauvais état. Il a d'ailleurs manqué la majorité de la dernière session qualificative, tant la douleur l'incommodait. Voir Reutemann et Jones occuper la première ligne n'a pas atténué son inconfort. Piquet était en 4e position sur la grille de départ, tandis que Laffite, 12e, semblait déjà éliminé de la course au titre.

Jones s'est emparé des commandes de l'épreuve d'emblée, alors que le mauvais départ de Reutemann le voyait tomber derrière Gilles Villeneuve, Alain Prost et Bruno Giacomelli. Jones n'aimait pas Piquet, mais il n'était pas plus intéressé à aider Reutemann à remporter le championnat. "Je m'en fous éperdument", avait-il dit.

L'Australien s'est vite construit une bonne avance. Prost a doublé Villeneuve, dont la Ferrari retenait le peloton. Après 14 tours, Giacomelli, Laffite, John Watson, Reutemann, Piquet et Mario Andretti étaient tous réunis dans un écart comptant moins de cinq secondes.

Après avoir retrouvé ses esprits, Piquet fête son premier titre mondial
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Piquet pourchassait son rival sans cesse. Au 18e tour, il plongait à l'intérieur du dernier virage et prenait Reutemann par surprise ; cela a permis à Andretti de le doubler à son tour dans le virage suivant. Lorsque Villeneuve est parti en tête-à-queue, Piquet a été promu à la 6e place ; s'il parvenait à garder Reutemann derrière lui, il gagnerait le titre par un point.

Les espoirs de Reutemann ont été anéantis par un problème de boîte de vitesses, Giacomelli a perdu la maîtrise de sa monoplace et la suspension d'Andretti s'est cassée. La situation de Piquet devenait de plus en plus confortable, mais seulement en apparence : la douleur provenant de son dos était considérable, et sur un circuit anti-horaire qui augmentait la tension sur son cou, le Brésilien avait lui aussi des difficultés.

"Après le 30e des 75 tours, je me demandais si j'arriverais à me rendre jusqu'au bout", avait-il admis. "Lorsque j'ai vu qu'il restait encore 33 tours à faire, je pensais mourir. À cette étape de la course, ma tête sortait du cockpit dans les virages. J'étais presque foutu, mon dos et mon épaule droite étaient à l'agonie."

Mais Laffite a perdu du terrain, et Piquet s'est retrouvé à la 3e place derrière Jones et Prost. Sachant que Reutemann n'était plus une menace, il s'est simplement concentré sur le drapeau à damiers ; il était en 5e position lorsque le Grand Prix a pris fin. Laffite et Reutemann n'ayant marqué aucun point, Piquet a été couronné champion de la saison 1981 par un seul point d'avance.

Après s'être hissé hors du cockpit de sa Brabham, et alors que son dos le faisait énormément souffrir, Piquet a tenté d'échapper au chaos de la foule qui souhaitait le féliciter et aux représentants des médias qui l'entouraient. Terriblement exténué (il avait vomi dans son casque pendant la course), le nouveau champion a franchi quelques mètres seulement avant de s'évanouir.

Chris Midland est éditeur-adjoint d'ESPNF1

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