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L'importance du mental
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On dit souvent de la Formule 1 que c'est l'ultime démonstration de l'homme et de la machine ; des athlètes de haut niveau manipulant avec adresse les plus sophistiquées des technologies sur quatre roues.
Mais bien que les pilotes de F1 comptent probablement parmi les personnes les plus en forme que vous aurez la chance de rencontrer, on parle peu de cet autre élément pourtant vital : la force mentale requise pour fonctionner dans un environnement aussi compétitif, pour subir le feu des projecteurs des médias et pour survivre aux longs voyages éreintants à travers différents fuseaux horaires.
"L'état d'esprit, c'est la base de tout", avait affirmé le triple champion Jackie Stewart lors d'un interview en 2004. "Chacun des 20 gars en Formule 1 est doué. Ensuite il y a le top six, et ensuite l'extraordinaire top trois. Mais le génie, c'est celui qui se hisse à un autre niveau. Aujourd'hui c'est Michael Schumacher, jadis c'était Fangio, Clark, moi-même si vous voulez, Lauda, Prost, Senna... les champions multiples absolus. Et c'est toujours leur tête qui les a menés au sommet."
Vu le rôle important que peut jouer un état d'esprit solide au cours d'une saison, il ne serait pas illogique de penser qu'un psychologue spécialisé dans les sports fasse partie de l'arsenal d'un pilote compétitif, en plus de son préparateur physique et de son ingénieur de course. Mais dans le paddock, la psychologie et la psychothérapie ont toujours des connotations de vulnérabilité, comme c'est souvent le cas dans le reste du monde.
Massa y croit
Pour plusieurs, admettre que l'on fait appel aux services d'un psychologue sportif pour améliorer ses performances, c'est comme admettre une faiblesse. Un pilote s'est toutefois montré très ouvert sur les bénéfices potentiels d'une thérapie : Felipe Massa. Le Brésilien a récemment retrouvé la forme après deux saisons pendant lesquelles il a fait face à de nombreuses critiques.
"Les mauvais résultats ont influencé l'aspect psychologique", a expliqué le pilote Ferrari au magazine Revista ESPN en juillet. "J'ai trouvé un psychologue et j'ai fait une thérapie. Je vais tout essayer jusqu'à la fin, car je crois que les choses peuvent changer."
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L'exemple de Massa est cependant extrême, sachant qu'il a dû gérer l'impact psychologique de son grave accident de 2009 qui aurait pu être fatal. Mais se remotiver après une mauvaise performance fait néanmoins partie de la vie d'un pilote de F1, et ce sur une base régulière. Pour un observateur, maintenir cette motivation au cours d'une saison difficile peut ressembler à un défi sans fin, mais ceux qui s'installent derrière le volant ont tendance à voir les choses différemment.
"C'est vraiment normal dans cette discipline, vous savez", a dit le pilote Mercedes Nico Rosberg. "Le sport, c'est une série de hauts et de bas, mais les bas sont difficiles à traverser. Personnellement, j'ai appris à les franchir et à revenir plus fort. Déjà ça, c'est de la motivation car vous voulez revenir encore meilleur qu'avant pour faire un meilleur boulot (...) J'ai appris au cours des années que c'est ça la course. Vous avez de bonnes phases et parfois de mauvaises phases et ensuite une bonne phase recommence. Les mauvaises phases sont celles pendant lesquelles vous apprenez le plus ; je tente toujours d'en tirer le maximum pour revenir beaucoup plus fort."
Chez Red Bull, Mark Webber est du même avis. "L'adversité fait partie du territoire", a déclaré l'Australien. "Si vos ambitions sont très basses et vos objectifs très conservateurs, alors ce sera peut-être un peu plus stable pour vous. Mais lorsque vous souhaitez réussir de grandes choses ou des choses spéciales, vous allez faire face à de l'adversité en cours de chemin et s'en remettre fait partie des règles du jeu. Parfois nos échecs font partie de nos succès ; il faut en vivre pour ensuite réussir."
La motivation sous plusieurs formes
Alors qu'il participait au forum des fans organisé par la FOTA (l'association des équipes de F1) à Stuttgart cet été, Nico Hülkenberg a expliqué que son métier lui-même le motivait suffisamment. "Il y a toujours des obstacles que vous devez surmonter", a reconnu le pilote Force India. "Mais je dois dire que j'ai un boulot de rêve en Formule 1 : je voyage à travers le monde, je pilote ces voitures, je travaille avec des gens fantastiques et c'est tout simplement très agréable. Et lorsque vous avez de mauvais résultats, vous êtes frustré et vous voulez en connaître les raisons, ce qui en soi procure une motivation renouvelée."
Mais connaître des échecs sur une base régulière peu certainement démotiver une personne. Après une série de performances ne correspondant pas aux attentes, comment un pilote peut-il demeurer suffisamment déterminé pour continuer à persévérer ?
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"Nous sommes privilégiés de pouvoir piloter ces voitures. Pour nous, c'est très excitant d'être impliqués dans cette discipline et c'est naturel de vouloir faire du mieux possible", a expliqué le septuple champion Michael Schumacher. "'Ce qui est arrivé hier n'a plus d'importance', c'est quelque chose que vous apprenez très rapidement. Tout ce qui compte, c'est ce que vous faites maintenant et pourriez faire à l'avenir. Il ne s'agit que de ça. J'imagine que c'est une leçon apprise au début en karting et vous progressez ensuite avec cela en tête. En partie, c'est aussi un trait de caractère que vous avez ou que vous développez. Alors je dirais que pour nous tous, (demeurer motivé) est très naturel."
L'approche de Timo Glock est différente. "Chaque course est une nouvelle course et elle apporte de nouvelles opportunités", a dit le pilote Marussia. "C'est la même chose avec chaque saison. Les cartes seront de nouveau mélangées l'année prochaine et c'est pourquoi je ne souffre pas de problèmes de motivation."
Les pilotes apprennent à puiser leur motivation auprès d'une variété de sources. La nature en dents de scie de la saison actuelle a d'ailleurs ajouté une autre dose d'enthousiasme pour certains. "Pour moi (cette saison imprévisible) est une motivation supplémentaire", a déclaré Rosberg lors du week-end en Corée. "J'arrive ici sans savoir si je serai dans la même position qu'à Suzuka. Il y a des chances que je parvienne à me hisser beaucoup plus en avant et que je puisse me battre pour une meilleure place, alors c'est très plaisant."
Maîtriser l'agressivité
Un autre aspect concernant la préparation psychologique d'un pilote, c'est d'apprendre comment contrôler son agressivité en conditions de course et ensuite canaliser cette énergie pour qu'elle devienne productive.
"J'ai déjà été tellement en colère que j'aurais pu sauter de ma voiture à 350 km/h", s'est confessé Jody Scheckter, le champion du monde 1979. "J'ai déjà changé de rapport de vitesse sans lever le pied de l'accélérateur parce que je voulais détruire le moteur. Je me frustrais énormément lors des essais et des qualifications, c'était le pire. Pour les courses, il fallait plutôt contrôler cette agressivité. Mais lorsque vous êtes vraiment désespéré et qu'il ne vous reste que quelques tours à faire, vous vous fâchez et c'est alors que cela devient très dangereux. Mais vous vous en foutez. Vous gardez votre pied au plancher."
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Le terme 'agressivité' et ses synonymes sont des mots clés dans le sport automobile, nous les entendons partout à travers le monde lors des conférences de presse. Jetez un coup d'œil sur les communiqués de presse émis par les équipes et vous verrez que l'on parle d'agressivité au niveau de la stratégie, au niveau du choix des pneumatiques, dans le choix des rapports de boîte. Les pilotes utilisent souvent ce terme pour décrire les tours rapides qu'ils ont réalisés pendant les qualifications.
Un pilote de Formule 1 doit démontrer un certain niveau d'agressivité en piste, car c'est ce qui le pousse à vouloir créer des écarts impossibles ainsi que des opportunités de dépassement là où il n'en existe pas. Mais cette agressivité doit être tempérée par un certain niveau de calme ; c'est ce parfait équilibre qui permet aux meilleures performances d'éclore.
Des héros populaires comme Ayrton Senna et Gilles Villeneuve jusqu'aux pilotes actuels comme Lewis Hamilton et Pastor Maldonado, un pilotage agressif à souvent permis de voir des performances légendaires. Mais on se souvient aussi des pilotes agressifs pour tous ces moments pendant lesquels tout a chaviré, lorsque l'instinct compétitif a brouillé les pensées et coûté de précieux points dans le championnat.
Dompter la bête et maintenir la bonne vitesse, voilà un combat auquel doit faire face chaque pilote chaque fois qu'il s'installe derrière le volant. Mais il doit se souvenir que ce même désir d'être le plus fort, qui peut le motiver lorsqu'il traverse une période plus difficile, ou encore l'amener à se surpasser, peut aussi devenir dangereux si mal maîtrisé.

