• Rétro : GP de Hongrie 1997

Arrows, si près du but

ESPN Staff
20 août 2012
La manche hongroise de 1997 a vu Hill se battre de nouveau contre Schumacher, le temps d'un week-end de course
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Puisque Damon Hill (le cheval) a remporté une médaille d'argent lors des Jeux Olympiques de Londres, nous avons pensé à une autre remarquable deuxième place, celle de Damon Hill (l'humain) lors du Grand Prix de Hongrie 1997.

Hill avait remporté le championnat 1996 et ainsi suivi les traces de son père, Graham, titré en 1962 et 1968. Mais à la fin de l'année, l'écurie Williams n'a pas souhaité prolonger son contrat. En rejoignant l'équipe Arrows, qui n'avait remporté aucune course en 197 tentatives, il avait peu de chances de défendre sa couronne.

Alors que la Formule 1 se dirigeait vers le Hungaroring pour l'édition 1997 du Grand Prix de Hongrie, les fameuses batailles entre Hill et son ancien rival Michael Schumacher étaient de lointains souvenirs. L'euphorie d'avoir remporté le titre l'année précédente se dissipait rapidement pour lui : après dix épreuves, Schumacher menait Jacques Villenevue par dix points, tandis que Hill n'en avait marqué qu'un seul (grâce à une 6e place en Grande-Bretagne) et figurait à la 17e place du classement des pilotes.

Il était difficile d'évaluer la compétitivité de la monoplace Arrows car sa fiabilité en début de saison était terriblement mauvaise. La A18 n'avait vu le drapeau à damiers qu'une seule fois au cours des six premières manches, lorsque Pedro Diniz avait décroché la 10e place à la conclusion de la manche d'ouverture en Australie. Mais la voiture démontrait un certain potentiel lorsque Hill était au volant, le Britannique ayant réussi à compléter les quatre GP précédent celui de Hongrie.

Le double champion Schumacher tentait alors de décrocher son premier titre avec Ferrari (et la première de l'équipe en 18 ans), pendant que Villeneuve continuait sur l'élan de sa première saison avec Williams (lorsqu'il avait menacé Hill pour le titre de 1996). La couronne se disputait entre ces deux prétendants. Comme aujourd'hui, les pneus étaient un facteur clé en 1997, mais pour des raisons différentes.

La température fait toute la différence

Une guerre avait alors cours entre les pneumaticiens Bridgestone et Goodyear, dont les gommes respectives fonctionnaient mieux à des températures différentes. Cela avait une influence importante sur le déroulement des week-ends de course. Ferrari et Williams chaussaient des Goodyear, mais lors des essais libres du vendredi en Hongrie, complétés sous un soleil radieux, Jarno Trulli signait le troisième meilleur temps au volant d'une Prost équipée de pneus Bridgestone. L'Arrows de Hill, elle aussi sur des gommes Bridgestone, a été la cinquième plus rapide et cela malgré un problème de boîte de vitesses ayant limité son temps en piste.

"Le premier jour d'un week-end de Grand Prix ne signifie pas nécessairement grand chose", avait rappelé Hill. "Mais je suis certainement enthousiaste vu notre progression d'aujourd'hui."

Le Hungaroring étant peu utilisé au cours de l'année, la surface poussiéreuse de la piste évolue tout au long du week-end ; trouver les bons réglages s'avère une tâche difficile pour les pilotes. Dans les conditions plus fraîches de samedi, les gommes Goodyear sont redevenues compétitives et parmi les équipes chaussées de Bridgestone, seule la Prost de Trulli a rejoint le top 10. Mais la température ambiante se réchauffait à l'approche des qualifications.

Une place sur la deuxième ligne de la grille fut une surprise pour Arrows
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Schumacher et Villeneuve occupaient la première ligne de la grille de départ, mais la surprise du jour venait de Hill, qui avait réalisé le troisième meilleur chrono. La température de la piste avait chuté, aucune autre voiture roulant sur des Bridgestone n'était parvenue dans le top 10 de la grille, mais le champion en titre avait pigé dans toute son expérience pour placer sa Arrows à quatre dixièmes de seconde seulement de la pole position. Son coéquipier Diniz, deux secondes plus lent, était 18e.

"Je suis absolument ravi", avait déclaré Hill. "Ce résultat est un peu inattendu, bien que nous pensions avoir des chances de rejoindre le top 10, ou même le top 6, mais d'être dans le top 3 c'est réellement fantastique (…) J'ai toujours cru qu'il était possible de rouler plus vite, alors j'ai poussé très fort. J'étais heureux lorsque j'ai vu le chrono. Ce circuit ne requiert pas vraiment de puissance, mais j'ai toujours dit que la voiture est plutôt bien équilibrée. Et ce n'est sûrement pas une mauvaise chose d'être troisième sur la grille ici."

Suite aux qualifications, les grands sujets de discussion concernaient l'identité du pilote qui serait à l'avant dans le premier virage, et si Hill parviendrait à demeurer compétitif ou perdrait du terrain. Le règlement stipulait que les choix quant aux pneus à utiliser pour le reste du week-end devaient être faits le samedi matin. Les équipes chaussées de Bridgestone, ainsi que les pilotes Heinz-Harald Frentzen, Giancarlo Fisichella et Ralf Schumacher, avaient choisi des gommes dures ; tous espéraient que la température ambiante allait grimper dimanche...

Et c'est exactement ce qu'il s'est passé. Les essais du dimanche matin ont permis de voir le potentiel à venir. L'Arrows de Diniz a signé le 5e meilleur temps sur des pneus neufs. Schumacher a été le plus rapide, mais il a endommagé sa Ferrari sur un vibreur après une sortie de piste et a dû s'installer dans le mulet pour la course.

Tout est possible

Au moment de l'extinction des feux, Hill s'est bien élancé et a doublé Villeneuve qui a connu un mauvais départ, mais il n'est pas parvenu à battre Schumacher dans le premier virage. Pour un grand nombre d'observateurs, sa meilleure opportunité de se battre pour la victoire, sur ce circuit où dépasser est difficile, venait de disparaître.

Mais Hill demeurait calme : "J'ai effectué un bon départ et j'ai pu me tenir près de Michael. Tôt dans la course, j'ai vu des cloques sur ses pneus et j'ai compris qu'il allait avoir des problèmes. C'est pour cette raison que je suis parvenu à le doubler assez facilement dans le virage 1."

Les membres de l'écurie Arrows observent nerveusement les derniers tours de la course
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Il a pris les commandes de la course lors du 11e tour et s'est ensuite éloigné du reste du peloton. Schumacher, en difficulté avec ses pneumatiques, a dû s'arrêter trois fois. Mika Häkkinen a abandonné alors qu'il était troisième, laissant ainsi Villeneuve et David Coulthard se battre pour la 2e place. Lorsque ce dernier s'est retiré suite à un souci électrique, Hill était loin devant.

À trois tours de l'arrivée et avec 35 secondes d'avance, Hill a commencé à y croire : "J'arrivais à ce moment où je pensais pouvoir gagner la course. Mais quand on se met à penser ainsi, c'est alors que quelque chose survient."

Ce quelque chose a été une pompe hydraulique. La voiture du meneur de la course était bloquée en 3e vitesse et l'accélérateur obéissait de manière intermittente. Villeneuve a gagné neuf secondes sur ce tour, et ensuite 20 autres pendant l'avant-dernier tour. Le Canadien s'est emparé des commandes de l'épreuve à l'approche du virage 4 ; vu les manœuvres défensives du Britannique, il a dû doubler son ancien coéquipier en passant sur l'herbe.

Villeneuve a remporté le Grand Prix alors que Hill a réussi à terminer deuxième devant la Sauber de Johnny Herbert. Mais ce résultat demeurait néanmoins un exploit incroyable pour l'écurie Arrows, comme Hill l'a souligné pendant la conférence d'après-course.

"Elle a failli s'arrêter trois fois et je suis franchement étonné d'avoir rallié l'arrivée, je pensais devoir me garer sur le côté", déclarait-il. "Mais il y a eu un regain au dernier moment, alors je dois dire que je suis vraiment heureux d'avoir terminé à la deuxième place."

Jamais Arrows ne sera passée aussi près de la victoire ; ce podium allait s'avérer le dernier de l'équipe. Hill a quitté l'écurie à la fin de la saison. Lorsque Arrows a fermé ses portes en 2002, elle avait participé à 291 Grands Prix (ou 368 si on compte les années passés sous la bannière Footwork) sans jamais grimper sur la première marche du podium. Mais en Hongrie, en 1997, Hill avait presque réussi à réaliser ce rêve.

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