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La télé tue-t-elle la Formule 1 ?
© Sutton Images
C'est malheureux, mais malgré toute l'action en piste au cours de cette saison très compétitive, l'achalandage lors des week-ends de Grand Prix est en baisse cette année.
Les organisateurs du GP d'Europe à Valence ont choisi de retirer certaines tribunes et malgré cela, un grand nombre de billets sont demeurés disponibles (le contexte économique du pays a aussi joué un rôle). À Monaco, joyau de la Formule 1, le bleu des sièges vides brillait de manière embarrassante sous le soleil. Même à Montréal (où des manifestations étudiantes avaient lieu, il est vrai), la course ne s'est pas déroulée à guichets fermés et ce pour la première fois depuis très, très longtemps.
Bien qu'il soit facile de blâmer le coût élevé des billets ainsi que la crise économique mondiale (deux facteurs qui, combinés, font en sorte que la F1 est un sport particulièrement dispendieux à suivre en personne), il ne faut pas sous-estimer le facteur télévisuel.
Assister en personne à une course est une expérience exaltante. Il y a le rugissement des moteurs, l'enthousiasme de la foule, l'intensité physique ressentie lorsque les voitures filent près de vous. Mais il s'agit également d'une longue journée passée sous le soleil ou sous la pluie, dans un endroit où les boissons et les repas sont dispendieux, où il y a des lignes d'attente interminables pour les WC, et où il y a du temps à perdre entre les séances sur la piste.
Certains circuits s'occupent très bien des fans et ajoutent plusieurs autres formes de divertissement sur leurs sites, allant de cirques pour les enfants aux Bungee Rockets et aux démonstrations de BMX. Mais plusieurs organisateurs se contentent de l'action en piste, et lorsque personne n'est en piste, il n'y a rien d'autre à faire.
Hausses automatiques
Nous pourrions simplement dire que le prix des billets est trop élevé, mais les promoteurs font face à l'éternel problème des hausses automatiques des droits d'organisation. Cela fait en sorte que les contrats de F1 passent de dispendieux à impossibles. Puisque la très grande majorité des promoteurs n'ont aucun droit sur les revenus découlant des panneaux publicitaires en bordure de piste (tout va dans les poches de Formula One Management), les Grands Prix n'ayant pas de soutien financier gouvernemental n'ont d'autre choix que d'augmenter le prix des billets pour couvrir les coûts grandissants des droits d'organisation.
Si nous prenons l'exemple du GP de Grande-Bretagne, une famille de quatre personnes pourrait passer trois jours à Silverstone avec des billets d'admission générale ou, pour le même montant, passer une semaine sur l'île de Majorque. Et puisqu'un billet de Grand Prix n'inclut pas les coûts de transport, de logement et de nourriture, il devient de plus en plus difficile pour une famille de voter en faveur d'un week-end aux abords d'un circuit plutôt que pour une semaine au soleil.
De plus, sachant que le coût annuel d'un abonnement à la télévision payante est à peu près le même que ces quatre billets pour un seul week-end de course, et que l'information qu'on en retire est très complète (certains forfaits permettent de choisir parmi les caméras autour de la piste et sur les voitures), rester à la maison pour regarder l'épreuve fait beaucoup plus de sens.
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Les chaînes de télévision arrivent parfois difficilement à se permettre les droits qu'exige Formula One Management (FOM) sur son produit. Auparavant, les revenus provenant des sponsors couvraient les coûts dans la majorité des marchés. Mais depuis le début de la crise économique, en 2008, les télédiffuseurs peinent à joindre les deux bouts.
Autre problème pour les télédiffuseurs traditionnels : les téléspectateurs consomment une plus grande part de leurs médias auprès de sources non-traditionnelles. Les revenus des chaînes diminuent à mesure que la clientèle, autrefois fidèle, se branche sur internet.
Alors qu'un télédiffuseur gratuit a besoin de téléspectateurs, celui qui fonctionne par abonnement a besoin d'abonnés. Pour ce dernier, en ce qui concerne la F1 par exemple, peu importe combien de personnes sont réellement assises devant leur téléviseur pendant chaque course : l'important, c'est que les gens s'abonnent à l'offre. Tant que les gens ont payé leur abonnement annuel, pas besoin de s'inquiéter sur le nombre de personnes regardant chaque course individuelle.
Cependant, malheureusement pour les télé payantes, le nombre de téléspectateurs assis devant l'écran est ce qui compte le plus pour les sponsors. Même Bernie Ecclestone est conscient du problème. L'an dernier, en référence au diffuseur britannique Sky, le grand patron de la Formule 1 avait déclaré ceci : "Avec de tels chiffres, il serait presque impossible pour les écuries de trouver des sponsors."
Un produit difficile à vendre
En 2011, les sponsors auraient investi 887 M$ dans la F1. Les chiffres pour l'année 2012 ne sont pas encore disponibles, mais tous s'attendent à ce qu'ils soient en baisse. Aucune ne le dira ouvertement, mais plusieurs écuries peinent à boucler leurs budgets vu la diminution des revenus octroyés par leurs sponsors. Il y aurait des inquiétudes pour quelques équipes dont l'avenir serait incertain.
Actuellement, la Formule 1 est un produit difficile à vendre. Les grandes compagnies ayant beaucoup d'argent à dépenser hésitent car elles ne veulent pas être associées à la mauvaise presse entourant l'affaire Gribkowsky ni à la décision hautement critiquée de courir à Bahreïn cette année. Et des auditoires télévisuels en baisse n'aideront pas à les convaincre de s'engager.
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Les équipes ont donc changé leur approche : au lieu de se concentrer sur de très grands noms, elles cherchent un plus grand nombre de sponsors prêts à payer des montants moins élevés. Mais puisque la Formule 1 est perçue comme un produit offrant une certaine exclusivité, il y a une limite pratique au nombre de sponsors additionnels pouvant être ajoutés sur les monoplaces. Un bombardement de logos n'aiderait personne.
La F1 traverse une période de déclin financier provoqué en partie par la crise économique mondiale. Mais le plus gros problème, c'est le gouffre entre la réalité du climat économique actuel et l'augmentation continuelle des droits d'organisation et de télédiffusion.
Les augmentations automatiques incluses dans les contrats que la FOM fait signer aux organisateurs sont peut-être une mesure servant à compenser les effets de l'inflation, mais le résultat, c'est que ces hausses poussent le prix des billets hors de portée d'un très grand nombre de fans. Il devient donc de plus en plus difficile pour les circuits d'organiser des Grands Prix rentables. Des tracés classiques de la F1 disparaissent du calendrier ou se battent pour survivre et conserver leur place. Même les nouveaux circuits, comme celui de Singapour, protestent contre le prix élevé devant être payé.
Et puisque les droits de télédiffusion exigés par la FOM ne prennent pas en compte la diminution globale des revenus publicitaires, les chaînes gratuites cèdent leur place aux chaînes payantes que des fans ne pourront peut-être pas se permettre. Plusieurs personnes se tournent vers des sites de streaming ou des torrents.
Les fans d'abord !
Les fans sont très importants. Nous n'y pensons pas toujours, mais chaque personne regardant une course de F1 à la télévision aide les équipes à trouver de nouveaux sponsors. Sans les fans, les sponsors regarderaient ailleurs. Sans les sponsors, les équipes ne pourraient pas se permettre de courir. Cela semble très simple... et ce l'est. Les fans sont à la base de tout.
Le futur de la Formule 1 n'est peut-être pas la télévision traditionnelle ni la payante. Peut-être que FOM pourrait un jour transmettre son signal directement à votre boîtier, chez vous, et vous transmettre la facture tout en récoltant les paiements des sponsors. Il y aurait sûrement de l'argent à faire.
Les fans sont les seuls pouvant réellement garantir l'avenir de la Formule 1. Ce serait bien de s'en rappeler avant que la majorité d'entre eux ne puissent plus se permettre de suivre la catégorie reine, que ce soit à la télé ou en personne.

