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L'art de la gomme

Laurence Edmondson / D.B.
15 mai 2012

Pas besoin d'être expert pour réaliser que la génération actuelle de pneumatiques Pirelli a un impact énorme sur le déroulement des courses cette saison. Cependant, parvenir à débloquer un niveau de performance constant est devenu une forme d'art en soi.

Il n'y a aucun doute, le peloton est plus serré cette année. Chaque dixième de seconde de performance est d'autant plus précieux. Le fait que cinq équipes différentes aient remporté les cinq premières courses démontre à quel point la différence entre la victoire et l'échec peut être importante.

Mais il ne s'agit pas ici de critiquer la situation, bien au contraire. Les courses sont aujourd'hui plus serrées, plus dramatiques et plus imprévisibles. Au cours de la dernière décennie, ces trois éléments manquaient en grande partie à la discipline. On ne peut que se réjouir de la situation actuelle.

La différence, c'est que les équipes et les pilotes n'ont maintenant d'autre choix que de trouver le juste équilibre entre vitesse et dégradation des pneus lors des qualifications et la course. C'était le cas l'année dernière, mais les gommes produites cette année sont plus sensibles aux différences de température, de réglage et de style de pilotage. En 2011, il fallait traverser la rivière en marchant sur une planche de bois ; cette année, il faut traverser la rivière en marchant sur une corde raide.

"Les pneus sont très complexes", a expliqué Bob Bell, le directeur technique de Mercedes. "Parce qu'ils sont noirs et ronds comme d'habitude, nous les avons pris pour acquis pendant trop longtemps. Il y a une chimie très intelligente à suivre pour qu'ils soient parfaits pour la course, et à l'intérieur de ces paramètres, il est possible de produire un pneumatique qui requiert une excellente compréhension avant de pouvoir en tirer le maximum."

Cette année, parvenir à faire fonctionner le pneu dans sa fenêtre d'exploitation optimale est devenu le Saint-Graal de la réussite lors des qualifications et des courses. Il n'y aurait aucun problème s'il s'agissait d'une formule exacte, mais la sensibilité des pneus signifie que leur plage d'utilisation optimale est devenue une cible mouvante d'un circuit à l'autre, mais aussi au cours d'un même week-end.

"Si votre fourchette opérationnelle est très petite, si votre cible est très petite, les gens qui doivent tenter de l'atteindre font face à un défi très difficile", ajoute Bell. "Il est possible d'obtenir une très bonne constance (avec les pneus), mais si la fenêtre de cette constance est très petite, cela signifie que le pilote a une tâche un peu plus difficile."

Le défi a monté d'un cran en Espagne, où les deux types de gomme disponibles n'étaient pas successifs
© Sutton Images
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"C'est plus qu'une question de la façon dont nous utilisons les pneumatiques, si nous ne faisons qu'un tour ou plusieurs de suite par exemple, ou si nous alternons entre un rythme rapide et lent par exemple. Il y a le côté opérationnel de l'équation, et il y a aussi le côté réglages de la voiture. Et il faut également déterminer ce qu'il faut faire pour affecter le réchauffement des pneus, la pression qu'ils subissent et ensuite parvenir à en tirer le maximum."

"Nous nous battons sur plusieurs fronts. Nous nous battons contre l'usure car il faut que les pneus durent un certain temps. Nous nous battons contre la dégradation pour s'assurer qu'ils nous donnent suffisamment d'adhérence sur leur période d'utilisation. Et gérer ces deux aspects, avec ces pneus, c'est une délicate question d'équilibre. C'est pour ces raisons que nous voyons une grande variété sur les grilles de départ et dans les résultats des courses cette année."

L'autre problème, c'est que des changements apportés aux réglages peuvent corriger un problème mais en créer d'autres ailleurs. L'objectif, c'est d'exploiter les performances du pneu au maximum mais sans atteindre ses limites. Lors du week-end du Grand Prix d'Espagne, Jenson Button a rencontré des difficultés avec ses gommes. Il a fait part de ses problèmes suite aux essais libres.

"Nous avons fait deux runs sur le pneu dur vendredi. Pendant le premier, j'ai dit aux gars que j'avais énormément de sous-virage", a dit le pilote McLaren. "Nous avons gonflé les pneus un peu plus et je suis retourné en piste. J'étais une demi-seconde plus rapide, mais l'équilibre de la voiture avec complètement changé. Alors trouver la bonne solution, c'est compliqué. C'est de toute évidence difficile pour tout le monde, mais je trouve cela particulièrement difficile alors c'est quelque chose sur lequel je dois travailler."

Dégradation et usure

© Sutton Images
  • Paul Hembery, directeur de Pirelli Motorsport : "La dégradation, c'est une perte de performance liée à la chaleur ; essentiellement, le pneu surchauffe. L'usure, c'est la détérioration physique du pneu. Les deux aspects sont reliés, mais pas nécessairement de manière parallèle."

Le problème, c'est qu'un mauvais équilibre peut mener à des niveaux de dégradation plus élevés car la voiture glisse. Vous pourriez signer un très bon tour, mais avoir des difficultés sur la longueur d'un relais. Il est donc vital de trouver un bon équilibre en premier lieu, mais il faut ensuite réussir à maintenir cet équilibre pendant les qualifications et la course. Puisque les équipes ne peuvent modifier les réglages en conditions de Parc fermé, soit entre les qualifications et la course, cela signifie qu'il faut trouver un compromis entre rythme de qualification et rythme de course.

"Vous déterminez les réglages en fonction de gérer le mieux possible les conditions prévues lors des qualifications et celles prévues pour la course", précise Bell. "L'objectif ultime est de marquer le plus grand nombre de points possibles en vue du championnat, alors vous abordez la question en fonction de vos besoins pour la course, mais les qualifications sont une étape dans ce processus."

Toutefois, les pneus sont tellement sensibles cette année que même un changement de température entre les qualifications de samedi et la course de dimanche peut avoir un effet sur les performances. En début de saison, les voitures Mercedes ont surchauffé leurs pneus sur une piste sèche en Australie, mais ont peiné à les monter en température sur une piste humide en Malaisie. Lors de la course suivante en Chine, où les conditions étaient sèches mais fraîches, Mercedes a réussi l'exercice à la perfection et a remporté la course. Bell est d'avis que la plupart des équipes savent maintenant comment ajuster leurs réglages en fonction de la température ambiante, mais si ces températures changent entre samedi et dimanche, la situation peut devenir problématique.

"Je pense qu'il est juste de dire que vous pouvez régler votre voiture pour qu'elle soit meilleure en conditions de qualification, car vous savez dans quelle température ambiante vous évoluez, mais vous pourriez ensuite être désavantagé pendant la course, ou vice-versa. Je pense que nous savons tous ce qui doit être fait pour contrer les variations de température de la piste, mais si les conditions de piste changent, vous pourriez avoir des ennuis. Tout cela, c'est à cause de cette fenêtre d'exploitation très étroite dans laquelle il faut faire fonctionner les pneus."

Très rapide vendredi, Button a eu des difficultés samedi et dimanche en Espagne
© Sutton Images
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Les pneumatiques ont une énorme influence sur les courses actuellement, et cela ne fait pas le bonheur de Michael Schumacher en particulier, mais les fans sont ravis car ce championnat est imprévisible et les courses excitantes. Toutefois, les écuries comptent sur un grand nombre de gens intelligents et habiles : ils ont appris à traverser la rivière sur une planche de bois, ils vont sûrement s'habituer à traverser la rivière sur une corde raide.

"Nous avons resserré notre gamme de pneus et les voitures elles-mêmes ont également changé", a dit Paul Hembery, le patron de Pirelli Motorsport. "Cette combinaison fait en sorte que le début de cette saison ressemble beaucoup à celui de l'an dernier. Certains points d'interrogation sont habituellement résolus à mesure que progresse la saison, alors que les équipes viennent à mieux comprendre le comportement de leurs voitures et des pneus, et qu'elles comprennent comment il faut faire pour utiliser cette combinaison au maximum. Il se peut que ce soit le cas lors des courses à venir."

D'ici-là, nous allons tous apprécier le spectacle.

Laurence Edmondson est éditeur-adjoint chez ESPNF1

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