- Interview ESPNF1 : François Dumontier
Un bon vieux circuit à l'ancienne
© Octane Management
Le circuit Gilles-Villeneuve, scène de nombreux moments forts dans l'Histoire de la Formule 1, accueillera bientôt le grand cirque de nouveau. ESPNF1 a rencontré François Dumontier, grand patron du Grand Prix du Canada depuis l'an dernier. Au menu : les longs préparatifs d'un Grand Prix, la double zone DRS de Montréal et la place du Canada sur le calendrier F1.
A quel moment de l'année débutez-vous la préparation du prochain Grand Prix ?
Le lundi matin, immédiatement après le GP. Encore aujourd'hui, plusieurs personnes ont l'impression qu'un Grand Prix se prépare en trois mois. Ils me demandent ce que je fais lors des neuf autres mois de l'année. Mais lorsque je dis que nous commençons le lendemain d'une course, c'est absolument vrai. Nous vendons les billets de l'année suivante dès le lundi matin.
Il s'agit véritablement d'un travail qui prend un an à accomplir. Les gens sont surpris lorsqu'ils découvrent combien de personnes travaillent sur ce projet en permanence. L'administration, la billetterie, les sponsors, la production... Ce groupe double quelques mois avant la course. Quant aux ouvriers sur le site, les travaux ont débuté en mars avec 300 personnes, trois mois avant l'événement. Ils travaillent sur les gradins, les clôtures, le béton, le paddock, etc. Le week-end du Grand Prix, l'ensemble des employés sur place pour servir la clientèle, c'est environ 4500 personnes.
C'est un petit village...
C'est une création d'emploi importante. Lorsqu'il est question des retombées économiques provenant d'un événement comme le nôtre, les gens ont tendance à penser aux hôtels, aux restaurants, aux boutiques (et aux taxes), mais il y a aussi toute la création d'emploi émanant du promoteur, ainsi que tous les contrats octroyés à des fournisseurs locaux.
© Sutton Images
Cette piste est habituellement très dure sur les pneus, qui se détériorent rapidement. On dit que le GP du Canada 2010 a inspiré Pirelli dans la conception de ses gommes. Leurs pneus ont déjà une courte durée de vie, alors la situation sera-t-elle encore plus chaotique ici cette année ?
Je n'aime pas le terme 'chaotique'. Le circuit Gilles-Villeneuve est souvent un point décisif de la saison. Des événements que l'on ne voit pas ailleurs surviennent ici. Je crois que cela fait partie du charme de Montréal et de son circuit. J'ai entendu que Pirelli avait eu comme charge de se fier à ce qu'il s'était passé ici. Et des gens de Bridgestone, qui connaissent déjà l'endroit, travaillent maintenant chez Pirelli. Si la dégradation peut améliorer le spectacle davantage, pourquoi pas ?
Les Pirelli ont tendance à produire beaucoup de 'billes' sur la piste. Et ce circuit en provoquait déjà beaucoup, surtout à l'épingle. Cette combinaison pourrait avoir un effet important...
Oui, j'ai vu qu'il y avait beaucoup d'accumulation à Barcelone et à Istanbul par exemple. Les pilotes vont certainement tenter de rester sur la trajectoire normale. Je ne crois pas que ce soit plus problématique ici qu'ailleurs. Mais il est vrai que la majorité du circuit est étroit, au minimum des exigences de la FIA.
François Dumontier
C'est une bonne chose au niveau du spectacle ?
Nous sommes un circuit d'ancienne génération. Nous ne faisons pas partie des nouveaux circuits à la Tilke. Ceux-là font partie de la modernité de la F1. Et on ne pourrait avoir le même type de circuit partout. Celui de Montréal, avec ses longues lignes droites et ses zones de freinage intense... ce n'est pas ennuyeux.
Le GP du Canada sera le premier à avoir deux zones DRS, et elles seront consécutives. Certains disent que ce système est trop artificiel...
Oui, mais lorsque vous voyez un pilote profiter de l'aspiration d'un autre, sans être artificiel, c'est néanmoins un 'outil'. Et le DRS n'est pas utilisé n'importe où et n'importe quand, il y a des zones autorisées. Je ne suis pas contre ce système.
Puisque les États-Unis s'ajoutent au calendrier en 2012, et la Russie en 2014, sans oublier que d'autres pays veulent rejoindre la F1, croyez-vous que le Canada devra se battre pour garder son Grand Prix ?
Je ne crois pas qu'il sera nécessaire de se battre très fort, dans la mesure où le Canada est une valeur sûre pour Bernie (Ecclestone) et la Formule 1. Politiquement, il y a des élections ici de façon régulière, c'est stable à ce niveau. Les tribunes sont toujours pleines le jour de la course. Même le vendredi matin des spectateurs viennent voir les essais libres, ce qui n'est certainement pas le cas pour d'autres Grands Prix. Les audiences télévisuelles sont bonnes vu le décalage horaire et la diffusion à l'heure de grande écoute en Europe.
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Pourtant, le Canada a perdu son Grand Prix en 2009...
Je dirais que les choses n'auraient pas dû en arriver à ce point. Je pense aussi que Bernie ne s'y attendait pas. Il y a eu une dispute contractuelle entre deux hommes d'affaires (Ecclestone et le promoteur précédent du GP), et je ne crois pas qu'il pensait que la situation en arriverait à cela. Nous sommes une valeur sûre. Nous sommes un 'vieux' Grand Prix. Dans l'Histoire du championnat du monde, le circuit Gilles-Villeneuve est le 7e plus utilisé en Formule 1. Il y a cette légende, cette histoire. C'est à voir, mais je ne crois pas qu'il sera nécessaire de se battre pour conserver notre Grand Prix.
C'est votre deuxième Grand Prix dans le rôle du grand patron. Est-ce plus facile cette fois ?
Le retour du Grand Prix du Canada, en 2010, avait été décidé très tardivement à la fin de 2009. Nous étions en mode réaction, il fallait agir vite. Cette fois nous avions une année pour tout préparer, tout planifier, penser à des améliorations. Est-ce plus facile ? Un peu, peut-être. Mais quand on a une année pour tout faire, on respire mieux !


