• Les dernières courses décisives

Quand tout se joue sur le fil

Martin Williamson / Laurence Edmondson / D.B.
12 novembre 2010

Lors de la saison 2012, deux pilotes peuvent gagner le Championnat sur la dernière course. ESPN F1 farfouille dans les livres d'histoire et les mémoires pour trouver les finales les plus époustouflantes de l'histoire. En voici le Top 10.

1950
Le tout premier championnat de Formule 1, qui compte alors un maigre total de six courses, est décidé lors du Grand Prix d'Italie. Juan Manuel Fangio arrive à Monza comme leader, deux points devant Luigi Fagioli, quatre points devant Nino Farina. Seulement les quatre meilleurs résultats de la saison comptent. Pour être titré, Fagioli doit gagner la course sans que ses coéquipiers ne marquent de points. Fangio a déjà trois victoires à son nom, il doit simplement bien faire de nouveau. Quant à Farina, il doit remporter l'épreuve en espérant que Fangio ne fasse pas mieux qu'une cinquième place. Fangio mène dès le départ, mais sa boîte de vitesses fige. Il prend alors le volant de son coéquipier, mais le moteur saute dix tours plus tard : c'est l'abandon. Farina a le champ libre et il fonce. L'Italien entre dans l'Histoire, il est le premier champion de la Formule 1.

1958
La saison se termine par une course excitante au Maroc, mais malheureusement, également par une autre tragédie faisant suite aux décès de Luigi Musso et Peter Collins. Stirling Moss doit non seulement gagner l'épreuve, mais aussi prendre le point du meilleur tour. Ce point supplémentaire pourrait être crucial dans son duel contre le favori, Mike Hawthorn, cependant il ne suffira peut-être pas. Moss mène toute la course et se montre le plus rapide, mais son rival termine deuxième lorsque son coéquipier Phil Hill le laisse passer : Hawthorn est couronné. La victoire de Moss permet à l'équipe Vanwall de remporter le premier titre des constructeurs, mais personne n'a envie de fêter : le grave accident de Stuart Lewis-Evans lui sera fatal. Le champion Hawthorn prend sa retraite ; il mourra dans un accident de la route trois mois plus tard.

1964
Trois prétendants se rendent au Mexique : Graham Hill (39 points), John Surtees (34 points), et l'outsider Jim Clark (30 points). Hill est vite sorti de la course suite à un accident. Clark est malgré tout très bien placé pour être couronné, mais une fuite d'huile provoque son abandon à deux tours de la fin. Surtees termine deuxième quand son coéquipier Lorenzo Bandini lui donne un coup de main : il récolte ainsi assez de points pour gagner le titre à la place de Hill. Surtees devient alors le premier pilote à avoir remporté des championnats du monde sur deux et quatre roues.

Fittipaldi fait la fête en compagnie de son épouse Maria-Helena
© Sutton Images
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1974
Au Canada, Clay Regazzoni et Emerson Fittipaldi sont à égalité de points ; Jody Scheckter a sept points de retard. Aucun ne parvient à se qualifier parmi le top 5. La course voit la fin tragique de Helmut Koinigg, décapité lorsque sa voiture frappe des rails. La voiture de Regazzoni connaît plusieurs problèmes ; il ne peut se battre contre ses rivaux. Au 44e tour, un conduit d'alimentation en carburant casse sur la voiture de Scheckter, c'est l'abandon. Fittipaldi termine à la quatrième place et remporte le championnat pour la seconde fois en trois ans.

1976
La finale au Japon a tous les ingrédients d'une course palpitante, mais c'est la météo qui sert de facteur décisif. Niki Lauda et James Hunt s'affrontaient depuis le début de la saison, mais après le terrible accident de Lauda au Nürburgring, la bataille semblait terminée. Pourtant, contre l'avis de ses médecins, et très courageusement vu l'état de ses brûlures, Lauda reprend vite le volant et la course au titre se rend jusqu'à Fuji. Lauda profite d'une avance de trois points, mais les conditions sont tellement mauvaises qu'il choisit d'abandonner après un seul tour. Hunt termine troisième et prend le point qu'il lui fallait pour battre son rival.

Après avoir vomi, Piquet arrose le podium de champagne
© Sutton Images
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1981
C'est dans le stationnement du Caesar's Palace Hotel à Las Vegas que Carlos Reutemann et Nelson Piquet se disputent le titre. Reutemann a un point d'avance, mais dès le tour de chauffe sa voiture connaît des problèmes. Pendant la course, elle devient inconduisible. Piquet le dépasse au 17e tour et l'épreuve prend alors des allures de course d'endurance : le circuit serré et sinueux est très dur sur le cou. "Je n'arrivais plus à garder la tête droite", raconte Piquet. "J'ai persévéré car je savais que je devais rester devant Carlos pour remporter le championnat." Piquet termine à la cinquième place, rentre dans la voie des stands et, exténué par l'effort, vomit dans son cockpit. Mais il est champion du monde.

1986
Nigel Mansell entame le GP d'Australie avec une avance de six points sur Alain Prost et Nelson Piquet. Mais à 20 tours de la fin, un pneu très usé éclate spectaculairement à haute vitesse : l'Anglais craint pour sa vie alors qu'il tente d'éviter un mur de béton. "À de telles vitesses, l'instinct de conservation occupe toutes vos pensées," dira Mansell. L'écurie Williams, inquiète de voir un accident similaire - ou pire - surprendre Piquet, lui ordonne de changer son train de pneus. Prost s'empare alors de la victoire et de la couronne.

Le moment de l'impact : la Benetton de Schumacher touche la Williams de Hill
© Press Association
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1994
Michael Schumacher décroche la première de ses sept couronnes à Adélaïde, mais d'une manière qui entache sa réputation aux yeux des observateurs. Il arrive en Australie avec un point d'avance sur Damon Hill, avec l'objectif de devenir le premier champion allemand. Le Plan A est de terminer devant son rival, mais il tape un mur et endommage sa suspension. Sachant que Hill approche, Schumacher passe au Plan B et tente de bloquer l'Anglais. Les voitures se touchent, la voiture de Schumacher sursaute et c'est l'abandon immédiat. Alors que son adversaire attend patiemment la suite des choses en bordure de piste, Hill rejoint les stands ; les dommages sont trop importants pour continuer. Aucun des deux n'ayant terminé la course, Schumacher est titré. Mais sa couronne est ternie.

1997
En Espagne, Schumacher se retrouve dans une situation de déjà vu : il mène le championnat par un seul point et doit encore affronter un pilote Williams lors de la dernière manche. Sur le circuit de Jerez, Jacques Villeneuve le rattrape et l'attaque par l'intérieur : Schumacher décide alors de donner un coup de volant et frappe la monoplace de son adversaire. Malheureusement pour lui, sa Ferrari rebondit et s'échoue dans le gravier alors que la Williams endommagée de Villeneuve poursuit son chemin. Comme il l'avait fait en Australie trois ans plus tôt, Schumacher attend derrière les clôtures pour voir si son rival est toujours en piste. Villeneuve tient le coup, sa troisième place fait de lui le premier champion du monde canadien. Schumacher s'en tire plutôt bien : la FIA le disqualifie du championnat des pilotes qu'il avait de toute façon perdu.

2008
Le GP du Brésil voit la conclusion du championnat le plus serré de tous les temps. Tout se décide dans le dernier virage du dernier tour de la saison. En fait, c'est si serré que les clans Ferrari et McLaren fêtent simultanément le triomphe de Felipe Massa et Lewis Hamilton. Mais alors que Massa franchit la ligne d'arrivée comme champion, quelques centaines de mètres derrière, Hamilton parvient à doubler la Toyota de Timo Glock (alors sur des pneus trop usés). En terminant à la cinquième place, Hamilton saisit le point qui lui manquait pour être couronné. Alors que les cris de joie font soudain place à des regards tristes et ébahis dans le garage Ferrari, les gens de McLaren respirent de nouveau et éclatent de bonheur. "J'étais sur le bord d'exploser", déclare Hamilton. "Je ne sais pas comment j'ai fait pour garder le contrôle. Je ne sais pas comment. J'ai été très chanceux." "Je ne pleure pas beaucoup", admet Massa. "Mais c'était difficile de ne pas le faire aujourd'hui."

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