• Pilotes payants

La bourse ou le volant

ESPN Staff
8 mars 2013 « Hamilton "deviendra un homme" | Bianchi va découvrir Yeongam »

Le phénomène du pilote payant a encore fait rage cet hiver. Dans un paddock frappé par la crise, la F1 a-t-elle vocation à mettre ses volants aux enchères ? La réponse ne tient pas en un mot.

Le cas le plus frappant est celui du malheureux Luiz Razia. Le 6 février, le Brésilien était présenté officiellement en tant que pilote Marussia. Son talent, son brillant avenir et son passé avec l'équipe qui a terminé à la 11e place du Championnat la saison dernière ne faisaient aucun doute, sauf que le 1er mars, l'intéressé se disait "sous le choc" après avoir été "lâché" par son ex-équipe, voyant la F1 s'éloigner. Lâché surtout par les sponsors qu'il avait amenés à Marussia, laquelle resservait son discours convenu pour Jules Bianchi, soutenu par Ferrari.

Des talents qui s'en vont

Au passage, le Français venait lui-même de se voir écarté par Force India au bénéfice d'Adrian Sutil, un pilote très "soutenu" financièrement. Des exemples, il y en a d'autres. Chez Caterham, Heikki Kovalainen, ancien vainqueur de Grand Prix, pilote dont les mérites au volant ne sont plus à démontrer, a dû faire place à Charles Pic et Giedo van der Garde. "Pilote payant, je ne le serai jamais", avait-il déclaré. Les plus taquins diront qu'il l'a payé cher.

Chez Marussia encore, Timo Glock, qui avait lui aussi un contrat, a finalement quitté le navire pour rejoindre le DTM à la surprise générale, faute de financement. On pourrait aussi évoquer Kamui Kobayashi, l'un des pilotes les plus spectaculaires de ces dernières années, sur le podium de son Grand Prix national pas plus tôt qu'en 2012, non reconduit par Sauber, qui lui a préféré la filière mexicaine avec Estéban Guttiérrez, l'un des rookies de cette saison. Les dollars de Carlos Slim, l'homme le plus riche du monde et le sponsor n°1 dans le domaine des sports mécaniques depuis des années avec Telmex, ont de quoi faire réfléchir des équipes dont la livrée laisse toujours plus de place pour des annonceurs qui ne viennent pas.

"Ce qui se dit c'est que certaines équipes ont des problèmes financiers plus ou moins graves", a déclaré récemment Monisha Kaltenborn, la patronne de Sauber. Ces difficultés, elles ont été rédhibitoires pour HRT, l'écurie espagnole, qui a mis la clé sous la porte en fin de saison dernière.

Michael Schumacher a débuté en payant
© Sutton Images
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Le paradoxe est qu'alors que la F1 est un business qui tourne encore très bien pour la FOM de Bernie Ecclestone, qui a récemment parlé d'ajouter deux courses au calendrier, les équipes n'arrivent plus à joindre les deux bouts, surtout celles qui ne sont pas dans les dix premières du Championnat et qui ne touchent donc rien des droits TV. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que certaines mettent leurs volants "aux enchères", selon les mots de Jaime Alguersuari, ex-benjamin de la F1, qui ne dispose pas de la mise de départ pour reprendre le fil de sa carrière.

Cette tendance n'est d'ailleurs pas sans inquiéter le patron de McLaren Martin Whitmarsh qui craint pour "l'image de la F1 si trop de pilotes payants y sont présents". Avant de pendre en place publique ces acheteurs de volant qui prennent la place des vrais talents, il convient toutefois de rappeler que cette pratique n'est pas neuve, où plutôt qu'elle existe depuis qu'existe la course automobile, un sport coûteux, de passionnés.

On rappellera peut-être utilement que Michael Schumacher et Niki Lauda (10 titres de champion a eux deux) ont payé pour disputer leurs premières courses en F1, que Fernando Alonso amène à Ferrari le plus gros sponsor de la discipline (la banque Santander). Payer pour entrer en F1 est donc monnaie courante et les équipes, comme toujours, sont surtout à la recherche du meilleur compromis entre la valise de billet qu'un pilote tient dans une main et le coup de cerceau qu'il a dans l'autre.

Parfois, ça marche plutôt bien. Pastor Maldonado, entré chez Williams en tant que champion GP2 avec l'aide du groupe pétrolier nationalisé vénézuélien PDVSA, a déjà gagné un Grand Prix. Sergio Pérez a réussi deux deuxièmes places avec Sauber et il est maintenant passé dans le camp des pilotes payés en signant chez McLaren. On peut ajouter à ce groupe Charles Pic, qui a réussi chez Marussia une belle première saison et qui grimpe, petit à petit, tous les échelons vers une très belle carrière sportive.

Comme le déplore Jenson Button, "c'est triste qu'il y ait tant de pilotes payant en F1, leur nombre ne cesse d'augmenter. On s'attend à ce que pour entrer dans la plus prestigieuse des disciplines il ne soit pas nécessaire de payer". Répondons-lui que, pour l'instant c'est la conjoncture qui veut ça.

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