• Grand Prix du Brésil 2012

GP du Brésil : Faits marquants

Laurence Edmondson / Chris Medland / Daniel Bastien
26 novembre 2012
Encore quatre titres, et Vettel sera un septuple champion comme Schumacher
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ESPNF1 fait le tour : le bon, le mauvais et le surprenant du week-end du Grand Prix du Brésil, 20e et dernière manche du championnat 2012, couru sur le circuit d'Interlagos. Sebastian Vettel, parmi l'élite des triples champions !

Vettel, un champion méritant

Chrsitian Horner, le patron de Red Bull, a décrit cette course comme étant la plus stressante de sa carrière. Mais pour les spectateurs, la finale aurait difficilement pu être meilleure. Dès le moment où sa voiture a été harponnée par la Williams de Bruno Senna lors du premier tour, et qu'il s'est retrouvé relégué à l'arrière du peloton, Sebastian Vettel a dû travailler très fort aux commandes d'une RB8 endommagée pour atteindre son objectif, et ce lors d'une course chaotique qui évoluait dans des conditions météo continuellement changeantes.

"J'étais très occupé à garder la voiture en piste, elle était très difficile à piloter", a rapporté Vettel. "J'étais très agressif et la voiture se dérobait souvent, j'ai presque échappé l'arrière plusieurs fois mais heureusement je suis resté en piste la majorité du temps. C'était plaisant, mais c'était aussi beaucoup de travail." Même si certains sont d'avis que Fernando Alonso aurait été un champion plus méritant, Vettel a réussi à atteindre son objectif au moment où cela comptait le plus, dans des conditions difficiles et au volant d'une voiture endommagée et imparfaite. Gagner le titre alors que tout semble vouloir les empêcher jusqu'à la toute fin, c'est ce que font les champions. Et il ne faut pas oublier que dans son ensemble, la saison de Red Bull n'a pas été des plus faciles.

"Ce fut une saison très, très dure pour nous, sur la piste et en dehors. Une saison de hauts et de bas pour tout le monde", a dit Vettel après la course. "Mais nous sommes toujours demeurés nous-mêmes et nous avons fait les choses à notre manière. Je pense que c'est ce qui a fait la différence à la fin. Je pense que pour nous, pour moi, le plus important c'est de toujours être heureux de ce que vous voyez dans le miroir et d'être honnête envers soi-même. Quel serait le but de faire semblant ou de prétendre que vous êtes quelque chose d'autre ou quelqu'un d'autre ? Vous êtes toujours le premier à vous en rendre compte, toujours le premier à savoir que vous vous mentez."

Les histoires du week-end

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  • Choc : Nico Hülkenberg - Malgré de bonnes qualifications (6e sur la grille de départ), personne ne s'attendait à voir le pilote Force India se propulser rapidement parmi le top 3. Il a même mené la course, apparemment sans grands soucis, jusqu'au moment où un tête-à-queue le faisait retomber derrière Hamilton. Il allait plus tard sortir ce dernier de la course et terminer 5e.
  • Choquant : Kimi Räikkönen - Parce que sa visière était sale et embuée, il est sorti beaucoup trop large à Juncao. Pour revenir en piste plus rapidement, Räikkönen a emprunté un raccourci en passant par une ouverture menant à la voie des stands des courses annexes. Malheureusement, une barrière fermée l'attendait à l'autre bout. Il a donc été obligé de faire demi-tour.
  • Meilleur dépassement : Fernando Alonso - Le voir plonger sur l'intérieur de Massa et Webber dans le virage 1, en particulier sur une piste glissante, a été un beau moment. Le fait qu'il soit sorti large au même endroit, quelques tours plus tard, démontre à quel point il fallait être précis pour réussir une telle manœuvre.
  • Meilleur tour : Fernando Alonso - C'est souvent le cas, mais son premier tour a été excellent. Parti de la 7e place, il est immédiatement monté à la 5e. Après avoir doublé Massa et Webber (voir ci-haut), il était 3e et en position de remporter le championnat.
  • Pire tour : Sebastian Vettel - Un mauvais départ l'a vu passer de la 4e à la 7e place. Il a ensuite tourné un peu trop serré devant Bruno Senna dans le virage 4 alors que ce dernier arrivait trop rapidement. Vettel s'est retrouvé en tête-à-queue au milieu du peloton et bon dernier. Il a été chanceux de pouvoir continuer sa course.
  • Performance du jour : Jenson Button - Toute l'attention était sur Vettel et Alonso, mais pendant ce temps Button signait une très bonne performance à l'avant. Chaussé de pneu slicks, il était plus confiant que Hamilton sur la piste détrempée, ce qui lui a permis de s'emparer des commandes de la course. Dans de telles conditions pluvieuses, la moitié du travail consiste à éviter les pièges. Il a gagné au mérite.

"Parce que des gens ont tout essayé pour nous battre, à l'intérieur des lignes, à l'extérieur des lignes, en plus des choses que nous devions gérer tout au long de la saison, cela ne nous a pas rendu la tâche facile. Mais la clé, c'était de demeurer nous-mêmes et je pense que cela a fait la différence d'une certaine façon. Je ne suis pas un saint, je commets des erreurs comme tout le monde. Mais j'ai été élevé pour être une personne honnête et pour l'admettre si je fais une erreur."

Par de tels propos, on peut comprendre que la pression a dû être particulièrement élevée au sein de l'écurie Red Bull cette saison, et à cela s'ajoutait la pression en provenance des équipes rivales. Surtout, les explications de Vettel permettent de comprendre clairement que sa philosophie, c'est de croire en soi et en ses habiletés avant tout, mais aussi de reconnaître ses lacunes et tenter de les corriger. On ne gagnera peut-être pas toujours, mais on dormira sur ses deux oreilles. Parole de triple champion.

À quatre points du conte de fées d'Alonso

Si Fernando Alonso avait remporté le championnat des pilotes cette année, cela aurait été un des plus impressionnants couronnements dans l'Histoire de la Formule 1. À la fin, il lui manquait quatre points pour en marquer un de plus que son grand rival. Et peu importe la façon dont on souhaite analyser la chose, la raison primaire de son échec provient de la voiture. C'est d'ailleurs ce qu'Alonso lui-même a sous-entendu en affirmant qu'il n'avait connu "aucune erreur, aucun problème mécanique, zéro problème lors des arrêts, zéro erreur stratégique" au cours de la saison. Ce qui lui manquait, c'était de la performance dans la Ferrari F2012.

L'équipe a débuté la saison au milieu du peloton avec une voiture qu'elle comprenait mal ; il semblait alors que les 20 manches du championnat allaient toutes être très difficiles. Mais Alonso, fidèle à son caractère, n'a jamais baissé les bras et a constamment motivé et encouragé le personnel de Maranello à se surpasser. Lui-même a accompli un miracle en se hissant au sommet du classement grâce à une incroyable victoire en Malaisie, et en y restant longtemps. À mesure que progressait la saison, la monoplace rouge est passée de terrible à respectable, et Alonso avait 40 points d'avance au moment d'entamer la pause estivale. Qui l'eut cru quelques mois auparavant en Australie ? Au volant d'une voiture identique, Felipe Massa avait alors marqué 25 points comparé au 164 de son coéquipier. La différence, c'est qu'Alonso savait comment s'adapter aux lacunes de la voiture et il n'a jamais remis ses propres habiletés en question.

Le plus choquant pour l'Espagnol, c'est qu'il a été éliminé à Spa-Francorchamps dans un carambolage pour lequel il n'était aucunement responsable, et il a aussi été impliqué dans un accident lors du premier tour à Suzuka. "D'un point de vue mathématique, si ce n'avait été de ces deux incidents, j'aurais pu être champion à Austin avec peut-être 36 points de plus que maintenant. Je vais m'en souvenir", a-t-il analysé. Toutefois, si sa Ferrari avait été aussi compétitive que ses rivales, ces collisions n'auraient pas été si déterminantes. Ce qui est sûr, c'est qu'Alonso a réalisé une saison presque parfaite, mais que sa voiture ne l'était pas même en fin de saison. Si Ferrari fait mieux en 2013, Alonso sera encore plus redoutable.

Button, premier et dernier vainqueur de la saison 2012
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L'année mitigée de McLaren

Ce fut une fin de saison douce-amère pour McLaren. L'équipe aurait dû se battre directement contre Red Bull et Ferrari pour les deux championnats (pilotes et constructeurs), mais des problèmes de fiabilité ainsi que des erreurs bêtes ont nui aux efforts de McLaren pendant toute la saison. Si nous prenons l'exemple de Jenson Button, il a remporté les première et dernière courses de la saison, ce qui serait habituellement une indication laissant croire que la MP4-27 a été une voiture compétitive du début à la fin. Pourtant, Button n'a gagné qu'une seule autre course et figure à la 5e place du classement final. Lewis Hamilton en a remporté quatre, aucune de manière consécutive, et se retrouve 4e dans le classement, deux points devant son coéquipier.

Peut-être que l'apparente inhabilité de McLaren à régler tous les petits pépins, souvent de nature différente, et qui ont contribué à grandement compliquer ce qui aurait dû être une saison beaucoup plus forte en termes de résultats, a été l'élément déclencheur ayant poussé Hamilton à aller s'informer auprès de Mercedes et ultimement signer un contrat de trois ans avec la marque à l'étoile. Ce qui est dommage, c'est que l'accident provoqué par Nico Hülkenberg l'a éliminé de sa dernière course au volant d'une McLaren (du moins, jusqu'à nouvel ordre), une course qu'il était en mesure de gagner.

Il pourrait s'écouler beaucoup de temps avant que l'on voit Hamilton en mesure de grimper à nouveau sur la plus haute marche d'un podium. Au cours des six derniers Grands Prix de l'année, Mercedes n'a récolté que six points, et encore, ils ont tous été marqués par Michael Schumacher au Brésil à la conclusion d'une course pluvieuse et chaotique ayant vu plusieurs abandons et accidents. On peut facilement imaginer que ni Hamilton ni l'écurie McLaren profitera de leur séparation en 2013. Sur le long-terme, qui sait ? Mais vu les propos chaleureux des deux parties, il est toujours possible qu'ils se retrouvent un jour...

La dernière vraie bagarre en piste de Schumacher, celle contre Räikkönen
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Au revoir, Schumi

Michael Schumacher a finalement mis un terme définitif à sa carrière de pilote de Formule 1. Pour lui et pour plusieurs observateurs, le moment était venu. C'est donc quelque peu ironique que sa dernière course au volant d'une F1 se soit déroulée dans des conditions pluvieuses, ce qui lui a permis de démontrer quelques aperçus de son excellence de jadis. Relégué en fond de grille suite à une crevaison lors du premier tour, le Kaiser a effectué une remarquable remontée pour terminer à la 7e place (quel symbolisme pour le septuple champion). Son duel intense contre Kimi Räikkönen, complètement à la limite avec des roues intercalées, a été un autre flash en termes de souvenirs d'antan. Mais voir Schumacher accepter la défaite dans le virage 1, lorsqu'il a laissé suffisamment de place à son rival, était une scène que nous n'aurions probablement pas imaginé lors de sa grande première carrière en F1.

Cependant, le moment le plus révélateur est survenu lorsque Sebastian Vettel s'est rapidement rapproché de lui : Schumacher a laissé son protégé et compatriote passer sans trop lui compliquer la tâche. Ne pas se battre pour conserver sa position, voilà quelque chose que nous n'aurions jamais vu de la part du Schumacher d'avant-2006. Cela démontrait clairement qu'en effet, le temps était vraiment venu pour tirer sa révérence. Surtout que la manœuvre avait tous les airs d'un passage du flambeau entre les deux Allemands. Quelle que ce soit votre opinion au sujet du plus titré de tous les pilotes dans l'Histoire de la Formule 1, il a réalisé les rêves de nombreux fans en revenant à la compétition en 2010 avec Mercedes. Nous l'aurons vu ajouter trois saisons de plus à son illustre carrière. Dommage qu'il n'a qu'un seul podium comme meilleur résultat au cours de cette période (une 3e place cette année à Valence), mais au moins il aura goûté au champagne une autre fois.

Caterham s'empare de la 10e place

Alors que la course à l'avant du peloton était captivante, et la lutte pour le championnat des pilotes excitante, le combat entre les écuries Marussia et Caterham pour la 10e place du championnat des constructeurs était aussi intense et stressante. Une course sous la pluie offre toujours des opportunités, et dans le cas du GP du Brésil, il s'agissait d'opportunités de la dernière chance à l'arrière du peloton. Lorsque la pluie s'est mise à tomber, les pilotes Marussia, Caterham et HRT sont tous restés en piste avec leurs pneus slicks, question de gagner des places pendant que les ténors rentraient chausser des pneus intermédiaires. Heikki Kovalainen et Timo Glock se sont mêmes retrouvés parmi le top 10 pendant un certain temps.

Caterham a réussi à battre Marussia à la toute fin
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Lorsque la Voiture de Sécurité a été déployée vu le nombre important de débris sur la piste, Marussia a réagit rapidement et parfaitement : Charles Pic a quitté la voie des stands et regagné la piste en 12e position, ce qui correspondait au meilleur résultat de l'équipe et lui permettait de conserver la 10e place dans le classement des constructeurs à quelques tours de la fin. La Caterham de Vitaly Petrov est passée devant Pic pour s'emparer de la 12e place, mais Paul di Resta, qui a frappé le mur à la sortie du dernier virage dans l'avant-dernier tour, a tout changé. Sa Force India gisant sur le côté de la piste, Petrov a automatiquement hérité de la 11e place, signant ainsi le meilleur résultat de Caterham et assurant à l'équipe la 10e place du championnat.

Être complètement en bas du top 10 des constructeurs, même si cela peut sembler peu glorieux, est d'une importance capitale pour les trois écuries en fond de grille. Sur les 12 équipes du classement, seules les dix premières reçoivent des primes, et même la 10e place vaut plusieurs millions. Sachant que HRT risque de disparaître, cela signifie que Marussia, qui espérait tant récolter les bénéfices de cette 10e place, se retrouvera en 2013 face à une seule rivale... et cette rivale vient de lui prendre un superbe bonus. Il faut cependant souligner que Marussia a fait de l'excellent travail cette saison en réussissant presque à battre Caterham, malgré que ses voitures ne soient pas équipées d'un SREC. Ce sera le cas l'an prochain, ce qui est de bon augure pour les ambitions de l'équipe.

Autre aspect intéressant de la 10e place de Caterham, c'est que l'exploit de Petrov aura peut-être sauvé le volant de Heikki Kovalainen. L'équipe a besoin d'un pilote d'expérience, mais le Finlandais n'a aucunement l'intention de trouver des sponsors pour payer son volant, comme lui demandaient ses patrons dernièrement. Les millions qui viennent de tomber sur l'écurie pourraient donc permettre à Caterham de conserver Kovalainen parmi ses rangs. L'ironie, si ce scénario se concrétisait (car il ne s'agit ici que de spéculation), c'est que Petrov serait alors remercié puisque Charles Pic a déjà été confirmé comme titulaire pour 2013. Pic, qui fait ses adieux à Marussia, doit se dire que son arrivée chez Caterham tombe à point.

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